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Les piges canoë hommes vues par… Jonathan Marc

Mis à jour : 6 mai 2019

Les sélections équipe de France débuteront le 26 Avril à La Seu d’Urgell et dureront jusqu’au 4 mai à Pau. À la clé, l'opportunité de défendre la France lors des échéances internationales de la saison 2019 avec notamment les championnats d'Europe à Pau fin mai et les championnats du monde à Seu en septembre.

Pour l’occasion, contre-courant a décidé de vous présenter chaque catégorie à travers l’oeil d’un spécialiste de la discipline en question.


Après avoir scruté à la loupe les kayaks hommes et dames ainsi que les canoës dames, on va aujourd’hui s’intéresser aux canoës hommes. Et cela risque de bouchonner dans cette catégorie tant les bons pagayeurs sont nombreux. Voila le topo : une dizaine de céistes tous plus talentueux et ambitieux les uns que les autres pour seulement deux places en équipe de France. En effet, il ne reste plus que deux tickets disponibles dans cette discipline, notre Denis Gargaud national ayant déjà validé sa sélection pour la saison 2019 grâce à ses résultats de l’an passé. Pour commencer, ses deux partenaires de l’an dernier auront à coeur de défendre le drapeau bleu-blanc-rouge cette année encore. Si Pierre-Antoine Tillard a du faire face à une blessure au dos lors de l’automne, ses résultats sur le début de saison prouvent qu’il n’a pas pris de retard sur la concurrence. Quant à Cedric Joly, il est sorti de la saison 2018 avec de solides performances internationales : deux fois médaillé en U23, finaliste aux championnats d’Europe et dans le top 10 du classement coupe du monde. Il faut maintenant confirmer en allant chercher sa deuxième sélection senior.

Derrière ces deux-là, Martin Thomas semble armé pour aller chercher une 3ème sélection après 2015 et 2017. « Switchman », comme le surnomme Richard Fox pour les changements de bordé qu’il réalise depuis quelques mois, devra toutefois trouver plus de régularité que l’an dernier où il avait échoué à la 4ème place après être sorti en tête des 2 premières courses…

Mais attention aux jeunes céistes qui pourraient créer la surprise : de Lucas Roisin (22 ans) à Nicolas Gestin (19 ans) en passant par Valentin Marteil (21 ans), Jules Bernardet (19 ans) ou encore Alexis Bobon (19 ans), ces jeunes ont du talent à revendre et une envie débordante. La fougue de la jeunesse devrait leur permettre de réaliser de belles performances mais ils devront surtout réussir à tenir la distance sur 2 semaines de compétition pour concurrencer les meilleurs canoëistes.

Pour finir, il faudra se méfier des vieux briscards comme Edern Le Ruyet ou Kilian Foulon qui sont toujours dangereux et qui peuvent compter sur l’expérience des années passées pour gérer ces longues et difficiles semaines de compétition.


Pour nous présenter cette catégorie, un céiste retraité, qui a fait partie de cette équipe en 2013 et 2014 : Il s’agit de Jonathan Marc. Toujours sur le circuit en 2017, le Lannionais a décidé de mettre un terme à sa carrière depuis mais il est toujours bien présent au bord des bassins et conseille justement certains jeunes céistes. Fort de 27 départs en coupe du monde, et d’une 3ème place aux championnats du monde par équipe en 2013, nul doute qu’il sait prodiguer des conseils avisés à ceux qui marchent dans ses pas. Aujourd’hui, il nous présente cette catégorie qu’il connaît si bien…


Le regard est imperturbable, les gestes sont précis, "PAT" compte bien revêtir une année de plus cette belle tunique bleu-blanc-rouge !


Contre-Courant: "Pour commencer, est ce que tu peux nous dire un petit mot sur les 3 sélectionnés de l’année dernière (Cedric, Pat, Denis) ?"


Jonathan Marc: "Il y a de l’expérience, de la jeunesse et beaucoup de médailles au compteur ! Denis est présent dans la sélection depuis son titre olympique. C'est le leader de cette équipe. Derrière, il y a beaucoup de rotations. Pat me surprendra toujours avec ses options bien offensives et une navigation toujours équilibrée. Cédric représente la nouvelle génération, il a un gros potentiel."


CC: "Que penses tu de la présélection de Denis ? Pour toi, est ce une bonne chose de protéger les bateaux leaders ainsi ?"


JM: "J’avoue que j’ai été surpris. On avait l’habitude de voir des présélections à la suite d’un titre aux mondiaux ou aux Jeux, et un podium apportait des points d’avance sur les courses de sélections. Cette fois-ci, la Fédération a validé sa sélection après sa finale aux Mondiaux et sa médaille sur la dernière coupe du Monde.

Même si je ne me faisais pas de souci pour Denis, le passage par les piges est un bon point de repère pour la suite de la saison afin d'arriver avec des armes solides."


“ Le passage par les piges est un bon point de repère pour la suite de la saison afin d'arriver avec des armes solides “

CC: "L’année dernière, il y a eu départage entre Cédric et Martin au millage (écart sur chaque course). Pourrait-on avoir droit à un scénario aussi serré cette année ? Ou bien les leaders vont se démarquer ?"


JM: "Le débat mérite d’être posé sur RMC (rires) ! Pour ma part, je n’en ai pas la moindre idée. Je ne suis pas un grand fan des paris. Mais j’espère que ce sera de belles courses serrées, qu’on aura du beau spectacle sur le bord."



Denis Gargaud peut sourire: Même s'il courra les sélections 2019, le champion olympique en titre de la catégorie a déjà sa place assurée en équipe de France pour cette saison.


CC: "On a l’impression qu’une génération de céiste talentueux et ambitieux est en train d’émerger (Marteil, Roisin, Bobon , Gestin, Bernardet, …). Est ce que tu penses que l’un d’eux peut créer la surprise et aller chercher sa première sélection sénior ?"


JM: "C’est vrai que c’est une belle génération. Ils ont tous du talent et ils sont travailleurs. Pour une sélection en senior cette année, j’espère pour eux mais ce sera dur. L’expérience est une qualité importante en canoë monoplace… Et ça se ressent sur la moyenne d’âge de l’équipe C1 des dernières années. Certains d’entre eux peuvent potentiellement aller jouer avec les grands. Pour les autres, il faudra gagner en régularité avant de penser à l’équipe Senior."



“ L’expérience est une qualité importante en canoë monoplace… Et ça se ressent sur la moyenne d’âge de l’équipe C1 des dernières années.“


CC: "Depuis 20 ans, la France a souvent obtenu de bons résultats lors des compétitions internationales en C1H ? Selon toi, qu’est ce qui fait le succès des céistes français ?"


JM: "Au niveau olympique c’est clair, les résultats sont incroyables, et c’est dû à 2 extraterrestres : Tony et Denis. Au niveau des championnats du Monde, je suis plus réservé sur cette question. A mon sens, l’équipe de France a du mal à revenir dans le game sur cette échéance, et j’en ai fait les frais sur les mondiaux 2013 et 2014. Les derniers podiums français remontent aussi à Denis et Tony en 2010/2011…"



Fort d'un gros palmarès dans les catégories jeunes, Cedric Joly doit maintenant passer à la vitesse supérieure s'il veut devenir un véritable leader national et international.


CC: "Toi qui a couru de nombreuses fois les piges françaises, comment les définirais tu ? Qu’est ce qui fait la spécificité de ces courses si particulières ?"


JM: "C’est vrai que c'est quelque chose ces piges ! Ce sont des courses couperets.

Il y a beaucoup d’enjeux et de conséquences pour la carrière du sportif. A la fin de la semaine, soit tu repars avec ta sélection, soit tu as le droit de revenir dans un an...

Pour en sortir vainqueur, il faut rester concentré sur soi, et c’est là toute la difficulté. "


CC: "On a quoi dans la tête quand on est au départ de la première course des sélections ?


JM: "On se dit que c’est maintenant ! J’aime cette première course car tout le monde se regarde. Dans ma tête, je partais pour gagner. Mon projet était clair et précis. Après on peut avoir le ventre noué ou se sentir prêt, au final ça ne change pas grand chose, dès la première porte on oublie tout."


“ L’expérience est une qualité importante en canoë monoplace… Et ça se ressent sur la moyenne d’âge de l’équipe C1 des dernières années. “

CC: "Tu as arrêté le bateau il y a un peu moins de 2 ans. Mais entre nous, aujourd’hui tu pourrais toujours te sélectionner, non ?"


JM: "Alors là non ! Les bateaux ont continué de bien progresser et surtout mes muscles ont fondus comme neige au soleil (rires)... J’ai basculé maintenant vers de nouveaux défis sportifs. J’ai coché mon premier marathon en 2h59 l’an passé. Et cette année je prépare mon premier trail de 64 kms dans les Pyrénées."



Derrière l'objectif de Richard Fox, Nicolas Gestin et Alexis Bobon ne s'embarassent pas du superflu : ils sont là pour bousculer la hiérarchie !


CC: "Si tu devais citer 3 qualités indispensables pour se sélectionner en C1H lors des piges, ça serait :


JM: "Être fort techniquement, physiquement et mentalement ?

Plus sérieusement, la solidité, l’agressivité, et la connaissance des bassins sont 3 composantes primordiales."


CC: "Pour finir, quels sont les spécificités de cette discipline ? Et pourquoi le C1H est la meilleure catégorie ?"


JM: "Les gens sont toujours surpris de savoir qu'on navigue à genoux dans une embarcation de 8kg, avec une pagaie simple ! Mais les sensations de glisse, les rotations extrêmes et les jeux avec l'eau et les piquets en font vraiment un sport à part. La spécificité c’est que même avec une pâle, on peut rivaliser avec les kayaks hommes (rires)!

A titre personnel, la meilleure catégorie, en tout cas la plus belle, reste à mes yeux le C2..."




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