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Les piges canoë dames vues par ... Jessica Fox !

Mis à jour : 6 mai 2019


Les sélections équipe de France débuteront le 26 Avril à La Seu d’Urgell et dureront jusqu’au 4 mai à Pau. À la clé, l'opportunité de défendre la France lors des échéances internationales de la saison 2019 avec notamment les championnats d'Europe à Pau fin mai et les championnats du monde à Seu en septembre.

Pour l’occasion, contre-courant a décidé de vous présenter chaque catégorie à travers l’oeil d’un spécialiste de la discipline en question.


Après les kayaks hommes, on enchaîne avec les canoës dames ! L'an passé, nous avions eu le droit à une équipe de France C1D multigénérationelle avec Lucie Prioux (21 ans), Lucie Baudu (25 ans) et Claire Jacquet (30 ans). Si elles semblent être bien en place pour aller chercher une nouvelle sélection, d'autres sportives pourraient créer la surprise en 2019, à commencer par Cécile Tixier. L'Orthézienne compte bien faire son retour dans l'équipe après avoir raté le coche en 2018. D'autres ont fait forte impression sur les premières courses de l'année : La vitesse de Marjorie Delassus ou la régularité de Ella Bregazzi vont elles faire vaciller les leaders ? Sans oublier Margaux Henry, vice championne d'Europe U23 cet été ou encore Fanchon Janssen, vainqueure d'une manche N1 à Cergy en mars, qui pourraient s'inviter dans la danse. Bref, on risque d'avoir du beau spectacle et des rebondissements en pagaille.


Cette fois ci, c'est Jessica Fox, numéro 1 mondiale et 4 fois championne du monde de la catégorie, qui nous fait l'honneur de répondre à nos questions pour présenter cette catégorie. Reine de la catégorie depuis sa création, elle nous donne son éclairage sur les "piges" françaises, et plus particulièrement sur les canoë dames.



Lucie Baudu en action, lors de la N1 de Cergy fin mars.


Contre courant: "Que penses tu nouveau format de compétition (Qualifications puis finale avec 10 bateaux sur 4 courses) ?"


Jessica Fox: "Je ne peux pas trop commenter cela car je ne connais pas le système de sélection et les spécificités comparées aux autres années. Chaque pays a son système de sélection et cela change selon les années en fonction des saisons (olympique ou pré olympique comme cette année par exemple). Ce format me parait bien pour refléter les demi-finales et finales des courses internationales."


CC: "Parmi les céistes féminines, elles sont nombreuses à courir également en kayak. Selon toi, est ce un avantage ou un handicap ? "


JF: "Je pense qu'il y a toujours un avantage à courir dans les deux catégories tant que l'athlète s'entraîne régulièrement dans les deux embarcations. Il faut aussi être capable de supporter les charges requises en compétition. C’est un avantage de faire le parcours dans l’autre catégorie pour prendre des repères, mais il faut considérer que cela créé de la fatigue mentale autant que physique. Cela peut aussi être un problème de ne pas avoir assez de séances pour s’entrainer dans les deux embarcations aussi bien que dans une seule. Mais de mon point de vue, cela reste un avantage car cela permet d’apprendre beaucoup. "


CC: "Est ce que tu crois que les sélectionnées vont rester les mêmes ou qu’on aura droit à des changements au sein de l’équipe de France C1D ? "


JF: "Les trois sélectionnées de l’année dernière, Lucie Baudu, Lucie Prioux et Claire Jacquet sont les leaders de la catégorie en France et sont capables d’intégrer les finales et d’aller chercher des podiums, mais il ne faut pas écarter les jeunes qui progressent !

Tout peut arriver aux piges : certaines sont plus régulières que d’autres, certaines auront plus de pression, d’autres n’ont rien à perdre… "





CC: "On parle beaucoup des sélections françaises comme d’une compétition très relevée et compliquée à gérer. Comment vois tu ces de l’extérieur ? Est ce si terrible que ça ? "


JF: "En France, comme en Allemagne, en République Tchèque ou dans d’autres pays, il y a énormément de monde qui court les sélections. Le niveau et la densité sont très élevés et c’est toujours intéressant de suivre ces courses car il y a toujours du beau spectacle ! On peut ressentir le stress depuis le bord ! "


CC: "Depuis quelques années, on a souvent connu de gros écarts entre les différentes concurrentes mais la catégorie semble se densifier de plus en plus. As tu l’impression que le niveau s’élève chez les C1D ? "


JF: "Je pense que les gens doivent se rappeler et reconnaitre que dans le monde, la catégorie est encore très jeune par rapport aux autres disciplines. Sans oublier le fait que, à ses débuts, ce n'était pas olympique. Les C1D bénéficiaient d'un soutien limité car la priorité restait les catégories olympiques. Donc il faut être patient, et bienveillant, car cela prendra du temps à se densifier. Mais cela commence déjà : les filles sont de plus en plus compétitives, les courses sont plus serrées et les temps sont parfois plus proches de ceux des K1D. Chaque année, le niveau est de plus en plus élevé. En outre, il y a de plus en plus de filles qui débutent en C1 ou en doublant. Je pense qu’on peut s’attendre à ce que la prochaine génération de filles soit très compétitive et à ce que la catégorie soit beaucoup plus dense.


CC: "Si tu avais décidé de courir pour la France, tu penses que tu serais dans quel état d’esprit au départ des piges ? Quelle serait ta stratégie ? "


JF: "Je pense que cela serait pareil que pour mes piges en Australie… les sélections ne sont jamais faciles ! Il faut savoir naviguer à son niveau, faire des manches propres et gérer la pression ! "



Numéro 12 mondiale, Claire Jacquet compte bien se sélectionner une année de plus chez les bleus !


CC: "Si tu devais citer 3 qualités indispensables pour performer en C1D ça serait : "


JF: " - Les changements de bordé : Il faut être à l’aise des deux cotés et savoir changer vite et au bon moment. Mais il faut aussi savoir faire des débordés quand il le faut ! La majorité des C1D dans le top 10 mondial change de bordé. Celles qui performent sont aussi à l’aise à droite qu’à gauche.


- La prise de décision et l’analyse du parcours : il faut savoir quelle option prendre entre inversion et avant, sur quel bordé réaliser chaque figure, à quel moment changer, etc. Car en canoë c’est parfois plus stratégique qu’en kayak. Par exemple, la planification pour gérer les changements de bordé est importante pour gagner du temps.


- L’utilisation de l’eau : en kayak, comme on a deux pales, on peut générer de la vitesse plus facilement. Donc en C1 c’est important de bien utiliser l’eau, de trouver la glisse pour garder la vitesse du bateau. Mais quand on peut, il faut aussi attaquer !"


CC: "Comment peut-on faire la différence sur ses adversaires chez les canoës dames ? "


JF: "Finalement, il faut essayer d’optimiser la performance et de chercher les dixièmes et les centièmes dans chaque stop et chaque décalé. Il faut surtout ne rien lâcher et puis naviguer en course comme on navigue à l’entrainement ! C’est important aussi d’être bien calé dans son bateau pour être très stable, mais en général c’est la même chose que dans les autres catégories ! "


CC: "Pour finir, quels sont les spécificités du C1D ? Et pourquoi le canoë dame est la plus belle des catégories ? "


JF: "Ce qui différencie les C1D des autres catégories, c’est les changements de bordé, bien qu’il y ait de plus en plus de C1H à nous copier (rires).

Le canoë est une belle discipline où la navigation est parfois moins agressive que le kayak car on ne peut pas ramer à la même vitesse. Mais la maîtrise du bateau, des gîtes et de l’eau fait que, même avec une seule pale, les céistes peuvent être plus efficaces et plus rapides que les kayaks sur certaines figures. C’est ça qui m’impressionne et me plait dans le canoë. Certes, les filles sont moins fortes physiquement et moins rapides que les hommes. Mais il n’y a pas beaucoup de C1H qui sont autant à l’aise des deux bordés et qui peuvent réaliser aussi bien les parcours des deux cotés ! "

CC: "As tu quelque chose à dire a tous les athlètes qui vont courir dans les prochains jours ? "


JF: "Bonne chance à toutes et à tous pour ces piges ! See you at the riverbank 😉 ! "



Jessica Fox, lorsqu'elle apprend qu'elle va être interviewé par Contre-Courant...

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