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Les piges kayak dames vues par... Mathilde Pichery

Mis à jour : 6 mai 2019

Les sélections équipe de France débuteront le 26 Avril à La Seu d’Urgell et dureront jusqu’au 4 mai à Pau. À la clé, l'opportunité de défendre la France lors des échéances internationales de la saison 2019 avec notamment les championnats d'Europe à Pau fin mai et les championnats du monde à Seu en septembre.

Pour l’occasion, contre-courant a décidé de vous présenter chaque catégorie à travers l’oeil d’un spécialiste de la discipline en question.


Cette fois ci, on s’intéresse aux kayaks dames ! Marie-Zélia Lafont fait maintenant partie des piliers de l’équipe puisqu’elle va tenter de se sélectionner pour la cinquième année consécutive. 11ème des derniers championnats du monde, elle a vu Lucie Baudu et Camille Prigent éclore dans son sillage. Si la première s’est fait remarquer par une médaille en coupe du monde à Cracovie en juin dernier, c’est surtout la jeune Bretonne qui semble en pleine progression. Championne du monde U23 et finaliste de plusieurs échéances senior en 2018, elle vient de remporter la Pyrénées Cup de Seu au nez et à la barbe de Maialen Chourraut et de Jessica Fox.

Néanmoins, ces trois-là ne devront pas s’endormir sur leurs lauriers car elles auront à faire face à des concurrentes bien décidées à les faire tomber.

Après de nombreuses années en équipe de France, Carole Bouzidi avait échoué à se sélectionner l’an passé. Nul doute qu’elle cherchera à corriger cette erreur dans quelques jours. Tout comme en canoë, la jeune Marjorie Delassus, semble avoir une carte à jouer en kayak mais elle devra justement réussir à gérer l’enchaînement des deux catégories ainsi que la fatigue physique et mentale que cela engendre. Par ailleurs, la Paloise Pauline Guiet qui à longtemps tourné autour d’une sélection sénior, paraît plus libérée en 2019. Si elle a fait le choix de ne pas s’aligner sur le circuit national, elle a réalisé des performances intéressantes lors des courses ICF de ce début de saison (Australian Open, Pyrénées Cup). La sélection devrait se jouer entre ces différentes sportives, à moins qu’on ait droit à une surprise qui pourrait s’appeler Neime, Kolenc ou Prigent, …


C’est Mathilde Pichery qui éclaire notre lanterne pour cette catégorie. Médaillée de bronze aux championnats d’Europe 2009 et deux fois championne du monde par équipe, Mathilde a quasiment systématiquement fait partie des équipes de France de 2001 à 2009. Cadre technique pour la FFCK à la fin de sa carrière, elle a également régulièrement occupé le rôle de commentatrice pour les compétitions sur le bassin de Pau lors des courses nationales et internationales. Elle nous apporte ainsi une analyse précise et détaillée pour présenter les sélections à venir.



Marie Zelia Lafont entouré de Jana Dukatova et de Maialen Chourraut lors d'un podium de coupe du monde à Pau.


Contre-Courant : "Que penses-tu du nouveau format de compétition (qualification puis finale avec 10 bateaux sur 4 courses) ?"


Mathilde Pichery: "Multiplier les courses est assez ambigu, car en slalom il faut être présent sur une manche, le jour J, mais cela permet de recruter des athlètes solides physiquement.

Je trouve intéressant de recruter sur plusieurs bassins. Surtout ces deux là, qui sont bien différents.

Il faudra tout de suite être bon. Cela amène davantage de pression au niveau mental. Au départ des championnats du monde, même pour des qualifs, cette pression est bien présente, donc c’est bien de s’y préparer. "


CC: "Selon toi, de quelles performances internationales vont être capable les K1D françaises durant cette saison 2019 ?


MP: "Je ne sais pas… mais je leur souhaite de monter sur le podium le plus possible, dès les coupes du monde pour montrer qu’il faut compter sur elles. "


CC: "Un petit mot sur les 3 sélectionnées de l’année dernière, Camille Prigent, Marie-Zelia Lafont et Lucie Baudu ?


MP: "Ce sont trois athlètes aux qualités bien différentes mais complémentaires : elles devraient piocher ce qu’il y a de meilleur chez l’autre et la championne olympique serait française en 2020. On retrouve à la fois l’insouciance de la jeunesse et la raison de l’expérience, la finesse des trajectoires et la puissance de la pale dans l’eau, l’assurance d’une trajectoire solide et l’esquive qui fait gagner du terrain.

Marie-Zélia est capable d’aller très vite, Camille a montré l’an dernier qu’elle savait être présente sur une finale, Lucie a des ressources physiques et l’avantage de doubler… Il y a de bons ingrédients, mais toutes les trois devront remettre en jeu leur sélection. "



La bretonne Camille Prigent, à l'attaque lors de la finale des mondiaux U23.


CC: "L’année dernière c’était très serré jusqu’à la dernière course chez les kayaks dames ? Penses-tu que l’on aura droit à un scénario identique cette année ?


MP: "Depuis la retraite d’Emilie, il n’y a pas vraiment de leader dans l’équipe dames. Les bassins de Pau et Séo sont très différents. D’un côté, il « suffit » de planter la pagaie pour avancer, tellement l’eau est dure et le débit élevé. De l’autre, il faut sans cesse faire avancer le bateau, pour éviter de se faire stopper par les nombreux rouleaux ou contrecourants qui veulent nous garder. Il faut aller chercher cette ligne d’arrivée sur le petit bassin espagnol ! Je ne sais pas quel scénario sera celui de cette année, les piges réservent toujours leur lot de surprises."


CC: "Crois-tu que certaines jeunes peuvent créer la surprise durant les sélections ?


MP: "Oui je pense… et je l’espère, car je trouve que les équipes multigénérationnelles sont bénéfiques pour chacun de ses membres. Pour l’avoir vécu à mes débuts avec des plus anciennes comme Anne-Lise Bardet ou sur la fin avec des plus jeunes comme Elisa Venet ou Carole Bouzidi, j’ai toujours trouvé le partenariat riche. "


CC: "Toi qui a couru de nombreuses fois les piges françaises, comment les définirais tu ? Qu’est ce qui fait la spécificité de ces courses si particulières ?


MP: "Les piges, c’est pour moi une bataille mentale contre soi même : pour rester dans sa bulle, pour mettre de l’énergie au bon moment et savoir relâcher la pression pour récupérer mentalement. À mon époque, le tout se jouait en quatre jours, gérer le jour de repos était un élément important, aujourd’hui il faut savoir gérer toute une semaine, ça complexifie."





CC: "Tu as arrêté ta carrière il y a une dizaine d’années, comment la catégorie a-t-elle évolué depuis ?


MP: "Je n’ai pas précisément analysé les temps, et notamment l’écart aux kayaks hommes, cependant il me semble que la navigation des kayaks dames est plus rapide, les trajectoires sont plus tendues, et elles ont davantage recours aux mains extérieures sur les rotations, notamment dans les stops. Par contre, au niveau des athlètes, ça évolue assez peu : toutes celles ou presque présentes en finale en 2018 courraient en même temps que moi. Depuis le temps, elles ont du progresser un peu quand même…"


CC: "On a quoi dans la tête quand on est au départ de la première course des sélections ?


MP: "On est focalisé sur son projet de navigation, sur les 3 ou 4 points clés identifiés avec son entraineur, et sur le défi de passer chaque porte propre. La navigation sereine sur une première pige me semble importante : rester sur des trajectoires sobres, pouvoir s’exprimer physiquement sur celles-ci, se mettre en confiance. Sur la dernière c’est différent : fatigue physique et mentale se mêlent, la navigation n’est parfois pas très académique mais on fait alors ce qu’on peut avec ce qui nous reste d’énergie. "


Les Françaises, championne du monde par équipe à Rio cet été, remettront leur titre en jeu cette année. Avec la même composition ? Réponse dans quelques jours...


CC: "Pour toi quelles sont les qualités indispensables pour se sélectionner en K1D ?


MP: "Être solide physiquement, pas forcément pour aller plus vite mais pour tenir la distance et rattraper les petites erreurs de trajectoire ou les aléas liés aux conditions extérieures comme le vent par exemple…

Ne pas chercher la manche parfaite (qui existe peut-être, mais que je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer…), mais être réactif pour transformer favorablement tous les écarts au projet de navigation, savoir « mal naviguer » en quelque sorte.

Il faut réussir à s’employer, dépenser toute son énergie physique et mentale, on a bien le temps de se reposer après…"


CC: "Quel sont les spécificités du kayak dame ? Et pourquoi est-ce la plus belle catégorie du slalom ?


MP: "« Ce n’est pas la catégorie reine mais la catégorie des reines » disait un de mes entraineurs parti chez les tsars. Plus sérieusement, la finesse de la navigation et le recours à l’utilisation des mouvements d’eau pour pallier le manque de puissance physique en font la catégorie la plus belle et la plus en symbiose avec l’eau."


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