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La recette pour réussir la saison 2019


Les championnats du monde à Rio, la suprématie de Jessica Fox, l’Allemagne et l’Angleterre qui raflent tout sur leur passage : 2018 est encore dans toutes les mémoires, pourtant 2019 pointe déjà le bout de son nez. A l’aube de cette nouvelle saison, tous les kayakistes Français et internationaux peaufinent leur préparation physique, technique et mentale avec un objectif commun : se hisser sur le toit du monde. L’heure est aux questionnements, aux essais, aux doutes, à la remise en question. La bonne formule n’est pas forcément facile à trouver. Même si le chemin pour y parvenir peut varier, il existe des dénominateurs communs pour triompher en 2019.

On vous livre la recette du succès sur un plateau. Préparez, mélangez le tout, servez chaud et vous aurez une saison 2019 réussie !


Jessica Fox : " Shhhh chef ! Ma recette est un secret bien gardé."


- Une grosse base technique


Véritable socle d’une recette réussie, la technique est incontournable. La crème des pagayeurs mondiaux se distingue avant tout par une grande maîtrise technique. Cette connaissance approfondie des habiletés de notre sport permet aux leaders de se détacher de la concurrence. Selon Paul Bocuse, «Les deux secrets d’un succès sont la qualité et la créativité». Si la qualité, dont nous parlions précédemment est incontournable, le grand chef met le point sur un second atout indispensable afin de bien réussir une recette : la créativité, qui permet de faire face à n’importe quelle situation. Combien de fois a-t-on assisté à une sortie de route d’un leader avant de le voir effectuer une habile pirouette technique le remettant sur les bons rails. La capacité à s’adapter, à improviser en temps réel est ce qui distingue les grands techniciens des seconds couteaux. Cette année encore, il faudra avant tout être fort techniquement pour performer sur la scène nationale et internationale. Cette palette technique élargie, ce savoir-faire approfondi représente la base de la recette.



- Une bonne dose physique


« Cuisiner suppose une tête légère, un esprit généreux et un coeur large » ! Gauguin, à son époque, avait déjà compris qu’une recette réussie nécessitait une VO2 max de champion. Les courses de ce début de saison ont déjà donné le ton : Si Joe Clarke et Ricarda Funk, qui ont impressionné en Australie, sont avant tout des fins techniciens, ils possèdent également un gros moteur sur lequel compter. Car si la technique est incontournable, c’est un atout considérable de pouvoir s’appuyer sur un physique à toute épreuve. Quand on est capable de mettre les bouchées doubles, cela permet de gommer certaines erreurs de trajectoires mais aussi et surtout de se présenter serein et sûr de ses forces au départ de chaque course. La force, l’endurance, l’explosivité sont autant de qualités physiques permettant de grappiller quelques précieuses secondes jusqu’à la ligne d’arrivée. En 2019, il faudra appuyer sur le champignon !



Daniele Molmenti: champion olympique, mondial et européen. En voilà un qui connaissait l'utilité d'un gros physique...


- Quelques cuillerées à soupe de mental


2019 rime avec sélection olympique pour la France et pour beaucoup d’autres nations du monde entier. Dans cette bataille à couteaux tirés, il ne restera qu’un athlète par catégorie et par nation pour aller chercher le graal olympique à Tokyo en 2020. De quoi avoir des étoiles dans les yeux mais aussi le cerveau en ébullition. Un vieux proverbe chinois nous dit qu’«un feu trop violent ne permet pas une bonne cuisine ». En effet, il faudra parvenir à garder son calme et la tête froide pour tirer son épingle du jeu. En slalom, peut-être plus que dans n’importe quel autre sport, la capacité à se transcender le jour J est primordiale. Ne pas se laisser envahir par les émotions et être connecté à l’instant présent sont des défis de taille lorsque l’enjeu, un titre mondial ou une qualification olympique, représente l’aboutissement d’une carrière sportive. A moindre échelle, une sélection en équipe de France ou même une simple course nationale sont des échéances suffisamment importantes pour que certains sportifs aient du mal à reproduire le travail effectué durant des mois à l’entrainement. Dès lors, ceux qui sont « forts dans leur tête » et qui n’ont pas les mains qui tremblent pourront en profiter pour prendre le meilleur sur la concurrence.



- Une pincée de réussite


Un mouvement d’eau avantageux, un jugement litigieux qui tourne en sa faveur : En slalom, on sait qu’un simple fait de course peut faire totalement basculer le résultat final. Sur l’ensemble d’une saison, chaque pagayeur est confronté à des situations de ce type où l’issue d’une compétition semble avoir été en partie décidée par la chance. Quand bien même le jugement vidéo et la stabilisation des mouvements d’eaux dans les bassins artificiels ont permis de garantir une plus grande équité sportive, il subsiste de nombreux scénarios de courses ou la décision finale se fait sur d’infimes détails. Même si la préparation sportive est censée pouvoir parer à toutes les éventualités, les aléas d’une course de slalom engendrent toujours des incertitudes pouvant provoquer bonne ou mauvaise fortune en fonction des circonstances. Si on peut chercher à provoquer la réussite en minimisant les facteurs aléatoires de la performance, rien ne coûte de croiser les doigts afin de bénéficier d’un petit coup de pouce du destin de temps en temps.



Le point rageur de Franz Anton lorsque la recette porte ses fruits.


- Quelques gouttes de détermination


« Ma devise c’est d’abord de se faire plaisir dans tout ce qu’on fait : d’être sincère et déterminé et d’avoir l’amour du travail bien fait ». On ne va pas contredire Phillipe Etchebest lorsqu’il parle de détermination pour arriver à ses fins. L’opiniâtreté est surement la plus fidèle amie du sportif de haut niveau. La réussite dépend souvent de la force de la volonté et de l’énergie déployée pour bien réussir sa préparation. Le meilleur moyen de mener à bien sa recette est de ne pas compter ses efforts et de faire preuve de plus d’envie que ses adversaires. De plus, la soif de victoire et la ténacité sont des valeurs qui semblent animer les leaders internationaux et les guider vers les podiums. Ces grands champions ne sont jamais repus de titres et de médailles et leur motivation alimente cette interminable quête de progrès. De plus, en slalom, tout est remis en cause à chaque course, et personne ne peut se reposer sur ses lauriers. C’est toujours mieux de se présenter sur la ligne de départ le couteau entre les dents quand il va falloir batailler pendant deux minutes avec une forêt de portes et contre des adversaires aux dents longues. La détermination, cette puissante hélice, ne suffit pas mais représente tout de même le meilleur moteur pour se hisser durablement sur le sommet de la planète slalom !



- Un grand chef étoilé


On n’apprend pas à faire des bonnes recettes sans quelqu’un de plus expérimenté pour vous guider. Feu Joël Robuchon nous l’explique mieux que personne : « J’ai eu la chance de rencontrer des chefs qui m’ont galvanisé, ils étaient chaleureux, ils me poussaient ». Evidemment, il en va de même pour les kayakistes. Ou en serait Denis Gargaud sans l’emblématique Bébert (Albert Tobélem) ? Jessica Fox serait-elle la sportive qu’elle est devenue sans sa mère et entraîneure Myriam ? Emilie Fer serait-elle championne olympique sans Sylvain Curinier ? Un grand sportif est toujours accompagné par un grand entraineur et les contres exemples se font de plus en plus rares. Comment aller conquérir des titres mondiaux sans le suivi éclairé d’un expert. Que cela soit en course ou à l’entrainement, les facultés d’analyse et de conseil d’un entraineur sont des paramètres qui font la différence sur la concurrence. Ces précieux mentors, tantôt techniciens, tantôt psychologues veillent à ce que les sportifs ne s’éloignent pas trop de la recette du succès. Ne l’oublions pas, une des plus grandes forces des athlètes d’exception est de savoir bien s’entourer.



Camille Prigent et son entraîneur Anne Boixel lors des championnats du Monde 2018 à Ivrea. Elle décrochera sa première étoile de championne du Monde U23 quelques heures après !



- Des ustensiles appropriés


Impossible de réussir une recette sans les ustensiles appropriés ! Allez demander à Matthieu Biazzizo, qui a eu le malheur de démarrer ses sélections 2018 avec un cheval trop fougueux… Ou encore à Samuel Hernanz pour qui le rêve olympique de Rio s’est évanoui lorsqu’il a brisé sa pagaie en deux au moment d’aller chercher son quota olympique à Londres en 2015. On a beau être parmi les meilleurs de la planète, si son matériel est défaillant, tout s’effondre ! Alors que chaque constructeur tente actuellement de concevoir le modèle susceptible d’être le plus performant sur le circuit, chaque pagayeur va devoir trouver le matériel qui lui correspond le mieux. Une fois de plus, on peut parier que les bateaux tchèques de Galasport et les slovaques de Vajda vont truster les médailles internationales. Les français, historiquement novateurs dans les formes de bateau, vont d’ailleurs occuper le devant de la scène cette année. Boris Neveu mise gros sur son nouveau « Omakasé », le dernier né de chez Galasport. Quant à Denis Gargaud, son partenaire d’entrainement, il semblait être jaloux puisqu’il a décidé de quitter son partenaire historique Vajda, pour créer une nouvelle forme de canoë, lui aussi avec Galasport. Pour autant, faut-il céder aux sirènes de ces embarcations flambant neuves - mais inconnues - ou miser sur la continuité en conservant des outils qu’on a l’habitude de manier ?



- Une légère touche personnelle


Pour finir, ce qui différencie les grands maîtres de ce milieu du reste de la masse réside dans la faculté à bien se connaître. En effet la capacité à s’appuyer sur ses forces et à connaitre ses faiblesses permet de façonner sa propre navigation. Si s’inspirer des meilleurs parait indispensable, tenter de les copier à l’identique peut s’avérer dangereux et contre productif. Chaque pagayeur possède son gabarit, ses qualités, son expérience, son matériel, son vécu, … ce qui le caractérise et le constitue. Dès lors, il faut mettre la main sur les ingrédients personnels qui vont sublimer l’essentiel de la recette. Toujours selon J. Robuchon, « La cuisine simple, c’est ce qu’il y a de plus compliqué », il ne faut donc pas oublier que le plus difficile dans l’accession vers le très haut niveau consiste à trouver sa propre manière de performer. Maitrisez les techniques de ses adversaires tout en restant soi-même, tel est le défi qui attend celui qui prétend faire de 2019 son année.

Salez, poivrez, trouvez le bon assaisonnement, et 2019 sera votre !



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