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Jour de course #9 - Coupe du Monde 2 Bratislava

Mis à jour : 29 juin 2019

Une semaine après l’étape 1 à Londres et une semaine avant l’étape 3 à Tacen, les meilleurs kayakistes du monde entier ont posé leurs valises à Bratislava pour le second round de cette coupe du monde 2019. En l’absence des Anglais (du moins de l’équipe A) plusieurs leaders mondiaux en ont profité pour faire leur retour sur les podiums et décrocher leur première médaille de l’année. Mais la compétition nous a surtout réservé de nombreuses surprises aussi bien pour certains leaders en déroute que pour certains outsiders en réussite.



La performance du week end


Andrej Malek

Quel week end pour Andrej Malek ! Le slovaque de 24 ans a profité d’être à domicile pour réaliser le plus beau résultat de sa carrière. Rembobinons un petit peu : en 2013, alors qu’il est seulement junior, il intègre une finale de coupe du Monde à Tacen. 2 ans plus tard, en 2015, aux championnats d’Europe à Leipzig, il prend la médaille de bronze derrière Boris Neveu et Alexander Grimm. À tout juste 20 ans et avec de nombreuses médailles dans les catégories jeunes, on s’attendait à le voir s’envoler vers les sommets. Sauf qu’il a marqué le pas et n’a pas réussi à concrétiser les attentes placées en lui. Depuis 4 ans, il arpentait les courses internationales en quête de repères et n’a eu qu’une 10ème place aux Europes 2017 à se mettre sous la dent. 47ème mondial et sombrant petit à petit, voilà qu’il ressort de nulle part pour damer le pion à tous ses adversaires. A Bratislava, il a commencé en prenant la 5ème place des qualifications. En demi-finale, malgré quelques frayeurs sur le bas de parcours, il sécurise son accès en finale avec une belle 4ème place. Malgré quelques approximations lors de cette ultime manche, il parvient à tendre les traces tout en conservant la maîtrise des trajectoires. Suffisant pour s’imposer devant Michal Pasiut et Boris Neveu. Une belle récompense pour son abnégation. Reste à savoir s’il va réussir à enchaîner cette fois ci ?




Le rookie du week end


Evy Leibfarth

Deuxième apparition pour elle dans cette rubrique ! L’américaine de 15 ans avait déjà fait forte impression lors des courses hivernales en Australie, mais cette fois ci elle est passée à la vitesse supérieure. Sur une course avec un tout autre enjeu, elle a encore réussi à élever son niveau. Pour sa toute première participation à une coupe du monde, Evy a réalisé des courses tout simplement incroyables. Elle a commencé timidement en se sélectionnant pour les demi-finales grâce aux secondes manches de qualification en canoë et en kayak. Déjà une belle performance pour une sportive junior qui effectuait ses grands débuts sur le circuit mondial. Mais la compétition ne faisait que démarrer pour elle. Samedi matin, le phénomène américain se qualifie pour la finale en kayak dame en prenant la 4ème place de la demi-finale. Dans son style caractéristique avec une cadence folle et sans aucune retenue, elle ne parvient toutefois pas à reproduire une bonne manche en finale et prend la 10ème place. Pas rassasiée, elle réédite un nouvel exploit le lendemain en intégrant également la finale en canoë où elle termine 7ème. Déjà parmi les meilleures sur cette première étape de coupe du monde, on a hâte de la suivre sur la suite de la saison.


Le fail du week end


Sona Stanovska

La céiste Slovaque ne devait pas manquer d’ambition au départ de cette coupe du monde. Finaliste aux championnats du monde l’an dernier, elle espérait surement faire fructifier sa connaissance du bassin pour entrer en finale et décrocher une médaille. 15ème des qualifications, elle s’élance le couteau entre les dents lors de la demi-finale. Alors qu’elle rentre dans les décalées des portes 4 et 5, une des difficultés du tracé, elle décide de changer de bordé. Audacieux mais dangereux puisqu’elle se retrouve sans appui au moment où son bateau percute un puissant rouleau. Déséquilibrée, elle ne trouve pas meilleure idée que de tenter de s’accrocher à l’une des portes pour ne pas se retourner. Cette tentative de sauvetage se montre peu efficace et la slovaque doit s’y reprendre à plusieurs fois afin de retrouver l’équilibre de son embarcation. Tant mieux pour elle, mais le violent accrochage avec la porte a laissé quelques traces. La fiche a coulissé d'une dizaine de centimètres vers le bas et nécessite un nouveau réglage par l’organisation. Un incident qui provoque tout de même 15 minutes de retard pour la suite de la compétition. On se demande ce qui a pu lui passer par la tête…




La stat' du week-end


735

Cela n’échappe à personne, Jessica Fox ne réalise pas le meilleur début de saison de sa carrière. En difficulté sur ce nouveau week end de compétition, elle a commis des erreurs inhabituelles pour elle. En kayak elle termine « seulement » 6ème d’une finale qu’elle aurait même pu manquer à cause d’une faute de trajectoire en demi-finale. Ses déboires ne faisaient que commencer puisque le lendemain, elle est à nouveau à contre temps en canoë. En demi-finale, Jessica commet des erreurs dès le début du parcours. Et si elle parvient à reprendre le contrôle de son embarcation, elle passe complètement à coté du dernier tiers de la course et échoue à la 11ème place. Elle n’atteint donc pas la finale d’une catégorie qui est pourtant sa chasse gardée depuis quelques années. Elle finit le week end sans aucune médaille, une anomalie assez rare pour retenir notre attention. Depuis combien de temps cela n’était il pas arrivé ? Depuis combien de temps n’avait elle pas manqué une finale en canoë ? La réponse est la même : 735 jours. Plus de 2 ans donc qu’elle était systématiquement en finale de coupe du monde en canoë et qu’elle termine chaque week-end de compétition avec au moins une médaille au compteur. La dernière fois, c’était à Prague en 2017. Pour l’ouverture de la coupe du monde, elle avait alors terminé 10ème en kayak et 24ème en canoë. Une semaine après, à Augsbourg, elle avait tout de suite redressé la barre en remportant la catégorie C1D avec plus de 10 secondes d’avance ! Il sera intéressant de voir comment elle va réagir cette semaine à Tacen. Cette contre- performance met surtout en lumière à quel point Jess’ à rendu ses exploits « banals » à force de les systématiser.


La question de la semaine


Combien de dépucelages ont eu lieu pendant ce week end ?

Cette deuxième coupe du monde de 2019 a été riche en premières fois. Ils ont été nombreux à décrocher leur premier titre, leur première médaille ou encore leur première finale. Pour vous, on fait le décompte :


5 - Comme le nombre de premières finales en coupe du monde: la slovène Eva Hocevar et Evy Leibfarth en C1D, le russe Nikolai Shkliaruk et le tchèque Vojtech Heger en C1H, Evy Leibfarth en K1D.

4 - Comme le nombre de premières médailles en coupe du monde: Monica Doria Villarubla en C1D, Luuka Jones en K1D, Andrej Malek et Michal Pasiut en K1H

3 - Comme le nombre de premiers titres en coupe du monde: Franz Anton en C1H, Claire Jacquet en C1D, Andrej Malek en K1H

2 - Premières médailles en coupe du monde pour un pays : La Nouvelle-Zélande avec Luuka Jones en K1D, L’Andorre avec Monica Doria Villarubla en C1D

1 - Première fois qu’une américaine prend part à deux finales : Evy Leibfarth avec ses finales en kayak et en canoë

0 - Parmi les 5 pagayeurs qui courraient leur première finale, aucun n’a réussi à remporter une médaille.


Luka Bozic, 3ème en C1H derrière l'allemand Franz Anton et le slovaque Matej Benus.


Le point bleu

La lumière est revenue ! Et c’est Claire Jacquet qui a appuyé sur l’interrupteur. Dans l’arène slovaque de Cunovo, elle a fait retentir la première Marseillaise de la saison. Alors que sa dernière médaille en coupe du monde remontait à 2012, « Jackette » semble en pleine forme en ce début de saison : déjà en finale à Londres, elle a fait encore mieux en Slovaquie. Elle est montée en puissance au fur et à mesure du week-end pour terminer en beauté lors de la finale. Lucie Baudu, 4ème à Londres, a elle échoué à la 16ème place.

Par ailleurs, les kayaks hommes ont montré qu’ils avaient de la ressource. Piqués au vif la semaine dernière avec aucun représentant en finale, ils ont réagi immédiatement. Le week end a débuté avec la première place de Quentin Burgi en qualification, toujours aussi rapide en ce début de saison, l’Alsacien n’a pas réussi à enchainer en demi-finale… mais ses collègues ont pris le relais. Mathurin Madoré et Boris Neveu sont tout deux parvenus à intégrer la finale. Le Francilien, auteur d’un des meilleurs temps de la demi-finale n’a pas réussi à rééditer cette performance en finale mais Boris a lui réussi à accélérer au bon moment. Avec une manche de finale solide mais perfectible, il finit tout de même sur la 3ème marche du podium. Le patron est de retour ?

La veille, la journée du samedi avait été plus compliquée pour les tricolores. Les C1H ont été en difficulté avec aucun français présent en finale. Cedric Joly et Denis Gargaud peinent à trouver le bon rythme en ce début de saison. Quant à Martin Thomas, pourtant si régulier depuis les piges, durant les Europes et la première coupe du monde, il est cette fois ci passé à coté. Chez les kayaks dames, c’est Marie-Zélia Lafont qui est passée à deux doigts du podium. Longtemps sur le podium provisoire, elle à finalement dû se contenter de la 4ème place. Une performance encourageante pour l’orthézienne. Une fois de plus Camille Prigent, 13ème, aurait pu intégrer la finale mais elle a fait face à des difficultés dans les dernières portes du parcours.


Le geste technique du week end


Luuka Jones

Comme évoqué précédemment, Luuka Jones a obtenu sa première médaille en coupe du monde, qui s’avère aussi être la toute première de la Nouvelle-Zélande. Solide lors de la finale des kayaks dames, elle a surtout fait la différence dans l’avant dernier stop du parcours. Le stop à gauche à « Niagara », la chute de 3 mètres du bassin de Bratislava a fait beaucoup de dégâts durant les finales. Mais la néo-zélandaise à réussi mieux que personne à dompter cette difficulté. Calme et puissante, elle effectue le stop avec une grande précision mais surtout avec une efficacité redoutable. Quelques portes plus loin, elle franchit la ligne d’arrivée en tête, et seule Corinna Kuhnle réussira à la déloger de la première place.





La déclaration du week end


Franz Anton


« De retour à Bratislava, l’endroit où j’ai remporté ma première médaille en coupe du monde. En 2012, mon coach de l’époque Sören Kaufmann avait tracé le parcours et nous avions remporté l’or en C2 (avec son équipier Jan Benzien, ndlr). C’est à nouveau lui qui tracera le parcours cette fois ci. On va voir si je suis capable de remporter à nouveau une médaille et de quel métal elle sera »


Avant la compétition, le céiste allemand avait donc annoncé la couleur : il ne venait pas pour compter les pâquerettes et comptait bien décrocher une nouvelle médaille dans la capitale slovaque. Aussitôt dit, aussitôt fait, il a terminé le week end avec une nouvelle médaille autour du cou. Et pour terminer la comparaison avec 2012, elle était toujours du plus beau des métaux !


La photo du week end


Championne du monde ici même, il y a 8 ans, l’autrichienne Corinna Kuhnle maîtrise encore parfaitement le bassin de Cunovo. 8ème des qualifications, 2ème de la demi-finale, elle remporte cette 2ème étape de la coupe du monde 2019 chez les kayaks dames.




Et sinon...


- Fin de série pour Jiri Prskavec qui en était à 5 podiums consécutifs en coupe du monde. Cette fois ci il échoue au pied du podium à cause de 2 secondes de pénalité, le péché mignon du tchèque.


- Evy Leibfarth et Viktoria Wolffhardt étaient les 2 seules femmes présentes dans les finales kayak et canoë.


- Claire Jacquet a signé la première victoire française en coupe du monde depuis Marie-Zélia Lafont à Pau en 2016.


- Pour la troisième fois de la saison, après Pau et Londres, Peter Kauzer à écopé de 50 secondes de pénalité à cause de l’arbitrage vidéo. Le sort s’acharne et le principal concerné ne semblait pas, une fois de plus, du même avis. En atteste sa réaction contestataire devant les caméras de l’ICF.


- L’équipe C1H slovaque est décidément épatante. Une fois de plus, ils étaient 3 en finale de cette catégorie. C’est Matej Benus qui a réussi à tirer son épingle du jeu en terminant second de cette finale.


- Dans la capitale slovaque, des grandes affiches avec uniquement le nombre « 106 » assuraient la promotion de cet évènement. A quoi cela correspondait-il ? Au nombre de victoires slovaques en coupe du monde. C’est donc Andrej Malek qui a porté ce total à 107 !


- Ricarda Funk est la seule sportive à figurer sur le podium des deux premières étapes de la coupe du monde 2019.


- Que de déchet lors de la finale des kayaks hommes : seulement 3 athlètes ont terminé avec 0 de pénalité et 5 sportifs ont écopé d’au moins 50 secondes de pénalité.


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