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Jour de course #8 - Coupe du Monde 1 Londres

Mis à jour : 20 juin 2019

La saison 2019 a commencé fort, très fort, du côté de Lee Valley, sur le bassin des JO de Londres 2012. Certains ont démarré doucement et ont eu du mal à rentrer de plain pied dans le vif du sujet, quand d’autres ont démarré sur un rythme effréné l’année 2019. Si certains rapports de force semblent être partis pour durer, il ne faut pas oublier que la saison est longue et que la vérité de juin n’est pas forcément celle de septembre.


Ricarda Funk à l'approche de la dernière difficulté du parcours. L'allemande termine 2ème de la compétition. Bien au chaud entre Mallory Franklin et Jessica Fox. Bon courage pour bouger ce trio...


La performance du week-end


L’équipe de Grande Bretagne

Sous une météo des plus britanniques pendant toute la compétition, les locaux ne pouvaient que briller. On pouvait s’attendre à de belles performances de leur part sur leurs terres étant donné leurs résultats brillants depuis quelques années. Mais ce sentiment prémonitoire s’est transformé en une vérité éclatante. Ils ont absolument survolé le week end dans toutes les catégories. Si l’Allemand Sideris Tasiadis les a privés de victoire lors de la première finale du week end, ils ont ensuite dominé toutes les catégories. Et encore, derrière le germanique, c’étaient déjà deux anglo-saxons, Ryan Westley et Adam Burgess, qui complétaient le podium. Chez les dames, Mallory Franklin a absolument écrasé la compétition en remportant la demi finale et la finale aussi bien en canoë qu’en kayak. On connaît une Australienne habituée de ce genre de performance qui n’a pas vraiment dû apprécier se faire voler la vedette. Et pour clôturer le week-end, l’innarêtable Joe Clarke est reparti avec la victoire chez les kayaks hommes après avoir remporté la qualification et la demi-finale. Sans oublier la médaille de bronze de Kimberley Woods en C1D et la quatrième place de Christopher Bowers en K1H. En tout, ils ont placé 10 bateaux sur 12 possibles en finale dont 6 sur les podiums…


Le rookie du week-end


Callum Gilbert

Certes cela fait un moment que Callum Gilbert a découvert le circuit senior puisqu’il courait déjà sa première étape de coupe du monde en 2013. Cependant, cette ancienneté est surtout due à la faible densité en Nouvelle-Zélande qui lui a permis de faire ses débuts à seulement 17 ans lors d’une course à Tacen. Aujourd’hui, le kayakiste est encore un lointain outsider sur ce genre de compétition comme en atteste sa 66ème place au classement mondial. Jusqu’à maintenant, sa meilleure place en coupe du monde était une 17ème place à Prague en 2016. Mais il s’est apparemment décidé à hausser son niveau de navigation en 2019, et ce dès la première course de l’année pour lui. Déjà solide 13ème lors des qualifications, il continue sur sa lancée lors de la demi-finale en prenant la 5ème place, synonyme d’accès en finale. Lors de cette ultime manche de la compétition, il ne s’affole pas, commet des petites erreurs mais reste fidèle à son projet. Cette solidité malgré l’enjeu lui permet de rester dans les temps du podium. Seule une erreur sur la dernière porte du parcours l'empêche de se mêler à la course aux médailles. Il termine finalement à la 5ème place, ce qui reste une performance aussi magnifique que surprenante pour le jeune néo-zélandais.



Hannes Aigner, encore médaillé ce week-end après son titre mondial de l'été dernier.


La question de la semaine


Une semaine après Londres, les dynamiques peuvent elles changer à Bratislava ?

Quand les étapes de coupe du monde sont rapprochées comme celles-ci, cela permet à ceux ayant été performants sur la première semaine de confirmer sur la ou les suivantes en ayant fait le plein de confiance. Néanmoins, il est certain qu’au moins quelques pagayeurs ayant mal débuté vont redresser le tir dès ce nouveau week-end de compétition. Une chose est sure : les Anglais ne seront pas présents en Slovaquie. Du moins, pas ceux qui nous ont éblouis la semaine dernière. En effet, la course de Bratislava ne comptant pas dans leur mode de sélection olympique, ils ont fait le choix d’envoyer leur « équipe B ». Logiquement ils devraient donc être moins nombreux dans les finales et sur les podiums, ce qui va déjà laisser un certain nombre de places vacantes. Bien entendu, on souhaite de tout coeur à nos Français d’en profiter afin de jouer à nouveau sur le devant de la scène. Ils en sont capables ! Mais d’autres kayakistes qui n’ont pas atteint leurs objectifs à Londres pourraient faire fort dès cette semaine. On pense notamment au numéro 1 et 2 mondiaux en kayak homme, Vit Prindis et Peter Kauzer, qui doivent être bien remontés à l’approche de cette seconde course après leurs mésaventures anglaises. Même chose pour l’équipe slovaque, quelque peu timorée en Grande Bretagne et qui devrait retrouver du mordant à domicile.


Le fail du week-end


Jessica Fox

Jessica Fox a terminé le week-end avec deux médailles de bronze, une en kayak et une en canoë. Cependant, au vu de ce qu’elle réalise depuis plusieurs saisons, on l’imagine frustrée de ne pas avoir réussi à remporter l’or dès cette première course de la saison. Il faut dire que Jessica a connu des débuts difficiles lors de cette étape de coupe du monde. En effet, lors des qualifications K1D, alors qu’elle effectue une manche tout en maîtrise pour passer en demi-finale, elle se heurte à une difficulté inattendue. Ainsi, à l’approche de la dernière chute du bassin, elle s’apprête à raser les plots en plastique pour arriver le plus haut possible dans le dernier stop. Mais une légère erreur de précision entraîne une violente collision entre ces obstacles artificiels et son bateau. Malgré de nombreuses secondes perdues à cause de cette erreur, elle parviendra tout de même à se qualifier dès cette première manche de qualification. Ça doit quand même bien remettre les idées en place...




La stat' du week-end


3

C’est le seul a avoir remis en cause la domination britannique: Sideris Tasiadis a fait honneur à son rang de numéro 1 mondial. 5ème de la demi-finale derrière les 3 locaux et son compatriote Franz Anton, il a surement entendu les temps de ses autres adversaires. Il faut dire que la finale C1H est partie sur les chapeaux de roues et tous les compétiteurs ont livré des manches abouties et maîtrisées. Mais le germanique a haussé le ton… Dans son style puissant et rythmé, il n’a cessé d’accélérer au fur et à mesure des portes pour améliorer le meilleur temps. Une grande claque à ceux qui étaient déjà passé et un avertissement aux autres encore en train de s’échauffer. Si les anglo-saxons ont tenté de le faire tomber, il se sont cassé les dents sur son chrono les uns après les autres. Magnifique victoire donc pour le pagayeur d’Augsbourg qui accroit une série qui dure depuis 2017. En effet c’est la troisième fois d’affilée qu’il remporte la première coupe du monde de la saison. Une régularité impressionnante qui montre bien que l’allemand est sûr de ses forces à l’entame de chaque nouvelle saison.




Le point bleu


Retour à la réalité pour nos bleus… Après des championnats d’Europe plutôt réussis, les troupes tricolores ont été en difficulté sur le bassin olympique de Lee Valley. Après des qualifications passées sans encombre pour la plupart des français, la tâche s’est corsée en demi-finale. Avec aucun bateau français dans les finales kayaks dames et hommes, la pilule est dure à avaler. Chez les C1H, Martin Thomas a encore réalisé de belles performances dans la lignée de ses championnats d’Europe : premier des qualifications et sélectionné en finale malgré quelques erreurs, il n’a pas réussi à accélérer et devra se contenter de la 7ème place. Denis Gargaud Chanut et Cedric Joly ont tous deux échoué lors de la demi-finale. Ce week-end, l’embellie est venue des C1D. Claire Jacquet et Lucie Baudu sont toutes les deux parvenues à intégrer le top 10. Auteure d’une belle manche de finale, Lucie termine finalement au pied du podium. Rageant mais cela reste tout de même une belle performance. Claire finit elle à la 7ème place de cette finale. Ils sont donc très peu à avoir marqué des points dans l’optique d’une sélection olympique…

Ces résultats décevants sont loin d’être surprenants étant donné la dynamique française depuis quelques années. Néanmoins on a envie de croire à un sursaut collectif cette semaine à Bratislava, sur un bassin qui correspond peut être mieux à leurs qualités


Le geste technique du week-end


Ceux qui ont observé les images en live l'ont forcément noté, il n'y avait pas vraiment de "round d'observation" sur le parcours des finales. Dès les premières portes, les compétiteurs devaient réaliser un stop en utilisant un des plus gros rouleaux du bassin londonien pour y parvenir. En effet, les portes 2 et 3 obligeaient les kayakistes à être irréprochable du point de vue de leur trajectoire ainsi que de leur équilibre. Ils sont d'ailleurs nombreux à y avoir laissé quelques plumes. Mais lors de la finale C1D, toutes les filles l'ont quasiment réalisé à la perfection. Cependant c'est Tereza Fiserova qui décroche la palme de la plus belle réalisation : un changement de bordé éclair, une utilisation efficace du déflecteur, un équilibre parfait, une conduite en main intérieure audacieuse, un stop négocié au plus court et le tour est joué.




La déclaration du week-end


Peter Kauzer


« C’était vraiment dur de se concentrer sur la course à cause du contrôle anti-dopage avant la finale. Cela manquait de professionnalisme et j’espère que cela ne se reproduira plus dans le futur. Je suis clairement pour un sport propre mais chaque athlète devrait pouvoir bénéficier de la même préparation pour la course, sans aucune distraction de ce genre »


Vous avez peut être vu passer sur les réseaux sociaux le « coup de gueule » de Peter Kauzer, un des plus grands champions de notre sport. Il a exprimé son mécontentement vis à vis de la procédure de contrôle antidopage qu’il a subie entre ses manches de demi-finale et de finale. Il faut savoir qu’il y a en général très peu de temps entre ces deux phases de la compétition et que l’athlète a une multitude de choses à faire. : récupérer de la demi-finale, passer au contrôle bateau, se changer, faire l’analyse vidéo de la demi-finale, échanger avec l’entraîneur, passer entre les mains d’un kiné, retourner au bord du bassin pour se préparer à la finale, se changer pour celle ci et enfin s’échauffer. Kauzer a donc dénoncé le fait d’avoir du subir une procédure de contrôle antidopage supplémentaire pendant ce laps de temps. Il ne s’oppose en aucun cas à ce type de contrôle mais dénonce plutôt le fait d’avoir dû le subir à ce moment là et non pas après la finale, quand les courses étaient terminées.


Le quizz du week-end


Ce qu’a réalisé Joe Clarke ce week-end en remportant toutes les manches est tout simplement incroyable. Un kayak homme avait il déjà réalisé cet exploit de remporter qualification, demi-finale et finale sur un même week-end de coupe du monde ?


La photo du week end


Combien de médaillé olympique sur cette photo ? Quatre.

Combien de médaillé aux mondiaux sur cette photo ? Cinq.

Combien de médaille en coupe du monde sur cette photo? Beaucoup trop pour les compter...

De gauche à droite : Michal Smolen, Hannes Aigner, Lucien Delfour, Vavrinec Hradilek, Jiri Prskavec, Daniel Watkins, Peter Kauzer.


Et sinon...


- Tous les médaillés du week-end figurent dans le top 6 mondial. Quand on vous dit que c’est un sport d’expérience, ce n’est pas pour rien !


- Seulement 4 nations ont obtenu des médailles ce week end : 6 pour la Grande Bretagne, 3 pour l’Allemagne, 2 pour l’Australie et 1 pour la République tchèque.


- Le dénouement chez les C1H fut particulièrement serré : seulement 0’’44 entre le premier et le troisième et 2’’16 entre le premier et le 6ème. Ajoutez à cela qu’il y a eu seulement 8 secondes de pénalités sur les 10 compétiteurs et vous obtenez une finale de haut vol.


- Difficile de savoir où va le Slalom Xtrem. D’un côté l’ICF essaye d’encourager les nations à participer pour tenter de développer cette activité. D’un autre côté, très peu de sportifs semblent être intéressés par cette discipline. Ils étaient seulement 16 hommes et 8 femmes à participer. Et sur 130 demi-finalistes de cette coupe du monde, seulement 5 ont souhaité participé au slalom Xtrem…


- Sur les 10 finalistes de la course kayak hommes, seulement 4 figurent dans le top 16 mondial. Tous les autres sont classés au delà.


- Chez les C1H, c’est l’inverse puisque tous les céistes présents en finale samedi font partie du top 16 mondial.


- Ils sont seulement 3 à avoir intégré une finale en coupe du monde pour la première fois : En plus de Callum Gilbert déjà évoqué, il s’agit de Christopher Bowers en K1H et de Sophie Ogilvie chez les C1D. En C1H et K1D, tous les finalistes l’avaient déjà été auparavant. Quand on vous dit que c’est un sport d’expérience, ce n’est pas pour rien.


Lucie Baudu, 4ème en canoë et meilleur performance française du week-end !

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