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Jour de course #7 - Championnats d'Europe Pau

Mis à jour : 11 juin 2019

Quel début de saison sur le stade d’eaux vives de Pau ! La saison internationale a donc débuté ce week-end avec les championnats d’Europe. Sous un soleil éclatant, on a pu assister à 4 journées de compétitions remplies d’émotions. Les exploits des uns ont répondu aux désillusions des autres. Si les leaders ont globalement répondu présents, tous n’ont toutefois pas réussi leur entrée dans la saison 2019. Certains pagayeurs moins expérimentés en ont profité pour se montrer et s’immiscer dans le haut des classements. Derrière le strass et les paillettes des podiums, certains évènements n’ont peut-être pas attiré votre attention mais rien n’a échappé à Contre-courant et pour vous, on passe justement au crible tout ce qui s’est passé durant ce championnat d’Europe.




La perf’ du week end


Mallory Franklin


Elle a commencé timidement son week-end de compétition avec une 6ème place lors des

qualifications en kayak. Elle a même dû passer par la seconde manche de qualification en

canoë pour accéder à la demi-finale. Arrivée dans la peau d’une favorite aussi bien en C1 qu’en K1, elle a ensuite élevé son niveau au fur et à mesure des manches. À nouveau 6ème de la demi-finale en kayak samedi, elle passe à la vitesse supérieure lors de la finale en améliorant son temps de plus de 6 secondes. Une progression fulgurante qui ne lui permet toutefois pas de repartir avec l’or. Pour 19 centièmes, Mallory devra se contenter de l’argent... Surement frustrée par ce minuscule écart, elle décide de mettre tout le monde d’accord lors de l’épreuve de canoë le lendemain. Après avoir pris la 4ème place en demi-finale, elle réalise un chrono stratosphérique lors de la finale. Juste techniquement du départ à la ligne d’arrivée, elle relègue sa dauphine, l’Espagnole Nuria Villarubla, à plus de 10 secondes ! Un écart spectaculaire. Déjà médaillée dans les 2 catégories lors des championnats du monde à Rio en septembre dernier, la Britannique confirme donc son statut et sa régularité sur les grands évènements. Ajoutez à cela sa médaille d’or lors de l’épreuve par équipe en canoë, elle repart donc chez elle avec 3 médailles dans ses valises : 2 en or et une en argent. Impressionnant ...


Le frisson du week-end


Quentin Burgi


Quel week-end pour Quentin Burgi ! Il a envoyé un message fort à ceux qui pensaient encore que son niveau et sa régularité lors des sélections étaient une parenthèse dorée. Lui qui était réputé pour ses exploits mais aussi pour son inconstance est en train de se révéler aux yeux du monde. Il a fait la loi sur l’eau tout au long du week-end. Toujours en glisse, en maîtrise et en relâchement comme il sait si bien le faire, rien ne semblait pouvoir le perturber. Déjà quatrième de la qualification, il assure le nécessaire lors de la demi-finale en prenant la cinquième place, ce qui lui offre le droit de défier les meilleurs européens lors de la finale. Sauf qu’avec une finale à 15 bateaux, les médailles coûtent cher, très cher, d’autant plus qu’il devra s’élancer dans les derniers et donc gérer la pression d’un tel enjeu dans une configuration inconnue pour lui. En effet, cette finale était sa première sur le circuit senior. Mais tout cela n’a absolument pas effrayé le poids plume Alsacien. Fidèle à lui-même dans son style flegmatique, il déjoue alors tous les pièges du parcours tout en prenant des traces plus courtes que lors de la demi-finale. Libéré des fiches et avec son bateau toujours dans le sens des mouvements d’eau, il vient claquer un superbe chrono à l’arrivée. Un peu juste pour remporter le championnat d’Europe mais suffisant pour décrocher une magnifique médaille de bronze, sa toute première à un tel niveau. Derrière le Tchèque Prindis et le Polonais Popiela, Quentin prend une autre dimension avec cette performance et on a hâte de voir s’il est capable de poursuivre sur un tel rythme dans les prochaines semaines...


Fidèle à lui-même dans son style flegmatique, il déjoue alors tous les pièges du parcours tout en prenant des traces plus courtes que lors de la demi-finale. Libéré des fiches et avec son bateau toujours dans le sens des mouvements d’eau, il vient claquer un superbe chrono...




La rookie du week end


Amalie Hilgertova


Justement, voilà la seule à avoir remis en cause la domination de Mallory Franklin. La jeune

kayakiste tchèque, tout juste sélectionnée en équipe sénior, arrivait sur la pointe des pieds à

ces championnats d’Europe. Seulement présente pour la 2ème fois chez les grands dans cette conquérante équipe tchèque, Amy avait pour seul point de repère sa 18ème place lors des Europe 2017, son meilleur résultat dans un championnat senior. Mais dans la lignée de ses courses de sélection du mois de mai, elle a crânement joué sa chance sur le bassin de Pau. Après avoir manqué son entrée en matière, elle montre déjà ce dont elle est capable lors de la seconde manche de qualification. Deuxième de cette Q2, elle réalise le 4ème meilleur temps de la journée derrière Ricarda Funk, Maialen Chourraut et Stefanie Horn, excusez du peu. Seulement 27ème mondiale, elle créée déjà la surprise lors de la demi-finale en prenant la 8ème place, synonyme de finale. C’est alors que la magie opère : Amalie déroule ses gammes lors de la manche de finale et tout paraît alors si simple. Dans son style si caractéristique, très relâché et tout en glisse, elle enchaîne les figures en dégageant une impression de facilité déconcertante. Sans s’affoler elle franchit la ligne d’arrivée en pulvérisant le meilleur chrono des demi-finales de plus de 2 secondes. Une à une ses concurrentes viennent se casser les dents sur ce nouveau temps de référence. Même la grande favorite, l’Allemande Funk, écope de 50 secondes de pénalité sous la pression. A 21 ans, Amalie Hilgertova devient donc championne d’Europe mais surtout elle montre à toutes ses concurrentes qu’il faudra compter sur elle dans les mois à venir.




Le geste technique du week end


Joe Clarke


Si Vit Prindis a fait honneur à son rang de numéro 1 mondial en remportant ces championnats d’Europe, un autre kayak homme à fait forte impression lors de ce week-end de compétition et il s’agit de Joe Clarke. Large vainqueur des qualifications, il a signé le meilleur temps des demi-finale et finale mais une pénalité l’a écarté de la première place à chaque fois. Si sa manche de qualification était un récital dans son ensemble, nous retiendrons surtout son passage des portes 11, 12 et 13. Il y a de tout dans la réalisation de cette figure : de la puissance, de la finesse technique, de l’adaptation et surtout beaucoup de maîtrise et de rapidité. Dans un premier temps il déclenche l’inversion sur un puissant appui intérieur mais il se rend compte que son bateau risque de toucher une des fiches, il replaque alors son bateau au contact de l’eau avec rapidité ce qui redonne en plus une accélération à son embarcation. Et alors que beaucoup de ses concurrents gardaient à ce moment-là leur pointe avant vers l’amont, il décide d’ouvrir l’angle de son bateau vers le stop pour regagner plus de vitesse. Une accélération de sa cadence ainsi qu’une légère gite vers l’amont lui permettent d’utiliser au mieux le mouvement d’eau pour pénétrer dans le stop à pleine vitesse. Une circulaire puissante et précise pour tourner autour de la fiche intérieure et voilà le stop bouclé. Précis et efficace.




La photo du week end



L'équipe K1D s'apprête a remporter la seule médaille d'or française de ces championnats d'Europe. Le tout sous les yeux de Tony Estanguet, Jean Zoungrana, président de la FFCK et Gianni Cappai, DTN adjoint.

Le fail du week end


Felix Oschmautz


Le kayakiste Autrichien de 19 ans est déjà un habitué du circuit mondial depuis de nombreuses années. Présent sur les compétitions seniors depuis 2015, il a été multi-médaillé dans les compétitions jeunes. Extrêmement talentueux et très précoce, il a déjà commis quelques coups d’éclats chez les grands comme lors de la coupe du monde d’Augsbourg l’an dernier où il avait pris la cinquième place. Idem en 2016 lors des championnats d’Europe lorsqu’il avait intégré la finale à seulement 16 ans. Et cette compétition lui réussit bien puisque depuis il est systématiquement en finale de ce championnat continental. En 2019 c’était donc la 4ème année consécutive pour lui et au vu de ses performances tout au long du week-end, on l’imaginait bien aller chercher une médaille. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu... Après sa 3ème place lors des qualifications et sa 2ème place en demi-finale, il a surement mis le curseur un peu trop haut pour l’ultime manche de ce week-end. Très à l’attaque dès le début du parcours, il tend un peu trop la trajectoire dans les portes 8 et 9 et passe complètement à côté des fiches, il est même à deux doigts de se mettre à l’eau. Qu’importe, cela lui servira de leçon et il sait déjà ce dont il est capable pour la suite de la saison.




La question de la semaine


Est-ce un bon bilan pour les Bleus ?


4 médailles : 1 en or, 2 en argent et une en bronze. 2 dans les disciplines olympiques et 2 dans les épreuves non olympiques. Voilà pour le bilan chiffré. Maintenant, mettons de côté les épreuves par équipes, qui sont finalement d’une moindre importance dans le chemin qui doit emmener nos Bleus vers Tokyo. Nous voilà donc avec 2 médailles et aucune en or. Si le butin est loin d’être faramineux, c’est le meilleur bilan français sur un championnat d’Europe depuis un paquet d’années. Ainsi, c’est la première fois depuis 2012 que la délégation tricolore récolte 2 médailles dans des catégories olympiques. A l’époque, à Augsbourg, Tony Estanguet remportait l’argent en canoë, et Carole Bouzidi l’or chez les kayaks dames. Depuis, c’est une médaille en 2013, en 2014, en 2015 et en 2017 et zéro en 2016 et 2018. Alors, le sursaut bleu tant attendu serait-il arrivé ? Si on prend le verre à moitié plein, on peut ajouter à ce bilan la 4ème place de Marie-Zelia Lafont et la 5ème de Lucie Baudu, qui avec plus de réussite, auraient pu figurer sur le podium. On peut également noter la bonne forme des équipes masculines dont les pagayeurs semblent tous posséder la vitesse pour briller pendant la saison ainsi que les 2 médailles par équipes. Si on prend le verre à moitié vide, on constate que les féminines figurant aux places d’honneur restent à un certain écart des podiums et que à domicile, les pagayeurs tricolores se devaient de faire mieux. De plus, les qualifications ont fait beaucoup de dégâts dans les rangs bleus avec 4 bateaux hors des demi-finales soit un tiers du contingent français, ce qui est assez inhabituel pour être noté. Pour conclure, sur une compétition qui a rarement réussi à la France, le bilan est donc loin d’être parfait mais bel et bien satisfaisant et encourageant pour la suite de la saison...


Nous voilà donc avec 2 médailles et aucune en or. Si le butin est loin d’être faramineux, c’est le meilleur bilan français sur un championnat d’Europe depuis un paquet d’années.

La stat' du week end


8


Les qualifications ont fait des dégâts lors de ces championnats d’Europe et pas que dans les

rangs français. En général, cette phase de compétition permet surtout de faire un premier

écrémage parmi les pagayeurs de second rang et aux leaders de rentrer dans la compétition. Pas cette fois ci... Aux championnats d’Europe, les quotas de progression étant plus resserrés que sur les coupes du monde ou championnats du monde, cela peut vite devenir un couperet. Avec seulement 20 places par catégorie (et 30 chez les kayaks hommes), cela peut vite devenir dangereux, notamment lors de la seconde manche de qualification ou seulement 5 bateaux sont repêchés chez les K1D, C1H et C1D. A ce petit jeu, beaucoup sont passés à la trappe cette année et surtout certains leaders qu’on n’a pas l’habitude de voir arrêtés si tôt dans la compétition. Parmi les 10 bateaux les mieux classés dans chaque catégorie, ils sont 8 à ne pas avoir réussi à accéder à la demi-finale. Chez les canoës hommes, la seconde manche de qualification était terriblement relevée et ils sont 3 à ne pas avoir réussi à surmonter cette épreuve. Franz Anton, le champion du monde en titre, Denis Gargaud, le champion olympique en titre et Matej Benus, médaillé aux championnats du monde et aux JO. Idem chez les kayaks dame où Corinna Kuhnle, Camille Prigent et Jana Dukatova, respectivement 5ème, 7ème et 8ème mondiale sont passées à côté. Si l’hécatombe n’a pas été aussi forte en K1H et C1D, Claire Jacquet et Jakub Grigar ne sont pas non plus parvenus à rejoindre les demi-finales malgré leur rang.


Martin Thomas profite du soleil palois. Il vient de devenir vice champion d'Europe !

La déclaration du week-end


Martin Thomas au micro de La République Des Pyrénées


« J’ai entendu le temps de Savsek (98 secondes, ndlr), même si j’avais pas envie d’écouter. Je savais que j’étais en 101 lors de la demi-finale mais je savais aussi que je pouvais améliorer donc j’ai tout donné jusqu’à la fin. Je suis juste derrière mais c’est pas grave, je n’ai aucun regret, j’ai tout donné... »


Malgré son impuissance face au chrono du céiste Slovène, Martin nous révèle les dessous de

cette finale canoë homme et sa capacité à gérer la tension électrique au départ d’une grande finale. Malgré la pression de s’élancer en dernière position, il est resté calme et a même réussi à améliorer son chrono de la demi-finale pour remporter une superbe médaille d’argent. Cette solidité à toute épreuve est porteuse d’espoir pour les enjeux de taille qui attendent le Charentais dans les semaines à venir. S’il souhaite ré-éditer de telles performances, il pourra en tout cas compter sur sa belle navigation mais aussi sur ses nerfs d’acier.


Et sinon


- Malgré des performances compliquées en individuel, les kayaks dame se sont ressaisis lors

de la course par équipe. Marie Zélia Lafont, Camille Prigent et Lucie Baudu, déjà championnes du monde ensemble à Rio cet été sont également devenues championnes d’Europe par équipe vendredi.


- Décidément le bassin de Pau réussit bien au Slovène Benjamin Savsek. Déjà champion du monde il y à 2 ans ici, il est maintenant champion d'Europe en terre pyrénéennes grâce notamment à une technique irréprochable.

- Krysztof Majercak a réalisé des débuts tonitruants ce week-end. À 22 ans, pour sa première

sélection dans l’équipe senior polonaise, il a fait forte impression. Rescapé de la seconde

manche de qualification avec sa 10ème place, il a réussi à intégrer la finale et termine à la

10ème place générale.


- Belle performance pour le Russe Kiril Setkin. Plusieurs fois médaillé dans les catégories

jeunes, il semble avoir franchi un palier lors de ces championnats d’Europe. Après avoir raté sa première manche de qualification, il a remporté la seconde puis il a réussi à se sélectionner en finale malgré deux secondes de pénalité. Grâce à une belle manche de finale il prend la 4ème

place finale.


- Les K1H Tchèques ont mis tout le monde d’accord lors de l’épreuve par équipe. Ils ont

confirmé leur statut de meilleure équipe du monde en prenant la première place avec plus de 4 secondes d’avance sur les Slovènes et les Allemands.


- 15’44 ! C’est l’écart entre Mallory Franklin, victorieuse chez les C1D, et la troisième de cette

catégorie, sa compatriote Kimberley Woods.


- Dans les épreuves de canoë masculin et féminin, seule la Grande-Bretagne a réussi à placer

plusieurs bateaux en finales. Chez les dames, Mallory Franklin et Kimberley Woods ont terminé sur la 1ère et la troisième marche. Chez les hommes, ils ont même réussi l’exploit d’être 3 dans la même finale : David Florence, Ryan Westley et Adam Burgess étaient tous présents en finale... mais aucun n’a fini sur le podium.


- Les publics palois et français ont répondu présents ! Venus en masse pour encourager les

Bleus et bien aidés par une météo au beau fixe, ils ont su donner de la voix pour encourager les bateaux tricolores. Les évènements sur le bassin de Pau sont décidément exceptionnels et de nombreux athlètes tricolores ont tenu à remercier le public pour le soutien inconditionnel apporté.


- Le duo de speaker a mis le feu au bassin durant ces 4 jours de compétition. L’habitué

« Sergio », commentateur à Pau depuis plusieurs années, était accompagné de l’expert Edern Le Ruyet. Moitié ambianceur, moitié analyste, ils ont su alterner les explications globales, les commentaires techniques et les anecdotes croustillantes pour s’adapter à tous les publics.


- L’équipe C1H française a été privée de l’or pour seulement 16 centièmes vendredi. Juste

derrière les Slovènes, Denis, Martin et Cédric ont dû se contenter de l’argent. Il est rare de voir des écarts aussi faibles, d’autant plus lors des courses par équipes où les erreurs se font plus fréquentes.



Le tonitruant duo de commentateur, composé de l'énergique Sergio et du technicien Edern, a assuré le spectacle pour le public.

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