• Contre courant

Jour de course #6 - Sélections équipe de France - Pau

Clap de fin sur les championnats de France élite 2019. Les piges ont rendu leur verdict, magnifique pour certains et terrible pour d’autres. On sait enfin quels sportifs et sportives on encouragera cet été, au bord des bassins ou derrière notre écran. Une fois de plus, on a cru à des remontadas et à des retournements de situation improbables. Mais finalement, les tauliers de l’équipe de France ont répondu présents et il y aura peu de rotation dans les équipes de France cette année. Néanmoins, Contre-Courant a pu observer pas mal de choses intéressantes durant ces 2 semaines de compétition et plus particulièrement à Pau lors des derniers jours.


Lucie Baudu a validé sa sélection canoë mais également en kayak dès la course 3. Impressionnant !


La perf’ du week end


L’équipe kayak homme senior

Boris Neveu, Quentin Burgi & Mathurin Madoré ont fait régner la loi lors des sélections chez les kayaks hommes. Ils n’ont laissé aucune chance à leurs adversaires en trustant quasiment tous les podiums. Hormis Boris, 4ème lors de la course numéro 1, et Mathurin, 5ème de la course 4, ces trois-là ont monopolisé les sommets de la catégorie. Une régularité qui leur a permis de valider mathématiquement leur sélection avant même la dernière course et de plier tout suspense chez les kayaks hommes. Seuls Benjamin Renia et Simon Hene, respectivement 3ème de la première et de la dernière course ont réussi à pointer le bout de leur nez sur un podium. Il est clair qu’on pouvait s’attendre à une telle domination de la part de Boris Neveu, vainqueur des 3 dernières courses après un démarrage difficile. Mais les 2 autres pagayeurs, déjà présents à ses côtés l’an dernier, étaient attendus au tournant après une saison 2018 décevante sur la scène internationale. Ils ont confirmé en patrons en faisant preuve d’une belle vitesse de navigation et d’une solidité à toute épreuve. Si on regarde de plus près les 8 manches qu’ils ont courues, qualifications et finales confondues, on se rend compte que Boris est entré à 5 reprises dans les trois premières places, Mathurin 6 fois et Quentin à 7 reprises. Une véritable hégémonie qui présage de belles choses pour les semaines à venir s’ils parviennent à maintenir un tel niveau de performance.




La rookie du week end


Doriane Delassus

Déjà présente en équipe junior chez les canoës dames l’an dernier, Doriane se présentait aux sélections pour conserver sa place en C1 mais aussi pour tenter de doubler la mise en kayak pour cette saison 2019. C’est maintenant chose faite puisqu’au bout de 16 manches et deux semaines de sélection elle prend la seconde place des sélections U18 aussi bien en K1 qu’en C1. De plus, tout au long de ces piges, elle a donné l’impression de monter en puissance en améliorant ses performances au fil de la compétition. Ainsi elle a terminé par faire une finale A en canoë le dernier jour grâce à une superbe manche de qualification. En kayak, sa meilleure performance restera une 12ème place lors de la course 3. La cadette des Delassus a bien emboîté le pas de sa grande soeur Marjorie, également sélectionnée dans les 2 catégories mais chez les U23. A eux 3, avec Anatole présent dans l’équipe kayak homme U18, la famille pourra donc compter sur 5 embarcations aux départs des championnats du Monde junior et moins de 23 ans à Cracovie. Du jamais vu en équipe de France et c’est d’autant plus impressionnant qu’ils ne viennent absolument pas d’une famille de kayakiste "historiques".


Le frisson du week end


Jules Bernardet

Jules a soufflé un vent de fraîcheur incroyable sur les sélections équipe de France 2019. Tout juste débarqué dans la catégorie senior, le Pontissalien a mordu à pleines dents dans ces sélections. Sans complexe, le céiste a brillé durant ces deux semaines de compétitions. Même en écopant parfois de quelques pénalités, son envie et sa détermination lui ont permis d’accrocher les 4 finales A. Même constat durant les finales, où il ne s’est pas posé de questions et à tout donné pour faire vaciller les leaders de la catégorie. En prenant successivement la 4ème, la 2ème et encore la 4ème place lors des 3 premières courses, il s’est offert le droit de disputer une dernière finale avec comme enjeu une sélection en équipe de France sénior. Déjà une belle réussite pour celui que l’on attendait plutôt batailler pour intégrer le collectif U23. Mais pour espérer mieux il devait à la fois réaliser la manche parfaite en remportant la course du jour et compter sur la faillite de Cedric Joly. Cela paraissait compliqué mais la porte s’est ouverte durant quelques instants. En effet, dès le début de la finale, son concurrent Breton se crispe et commet des erreurs qui laisse la possibilité à Jules de s’engouffrer dans la brèche. Fidèle à lui même, ce dernier s’élance tambour battant dans les premières portes du parcours. Dans son style si reconnaissable, très aérien et avec une envergure impressionnante dans ses mouvements, le jeune céiste laisse tout le monde bouche bée. Aux deux tiers du parcours il possède plus de deux secondes et demi d’avance sur ses adversaires et il semble porté par une réussite insolente. A tel point que tout le public commence à croire à l’exploit. Sauf qu’en sortie du stop 19, une trajectoire trop courte le pousse à la faute, compromettant ainsi toutes ses chances d’accrocher la victoire. On peut imaginer que malgré cette fin amère, il termine ces sélections avec encore plus d’ambitions et en ayant fait briller les yeux des spectateurs.



En remportant 2 des trois premières courses, Marie-Zélia Lafont a remporté le titre de championne de France élite 2019 !


La stat’ du week end


38

Cette année, le club de Golbey-Epinal-St-Nabord n’est parvenu à placer aucun athlète en équipe de France, que cela soit chez les jeunes ou chez les seniors. Une anomalie assez rare pour être remarquée puisque cela n’était pas arrivé depuis 38 ans et les mondiaux de Bala en Grande Bretagne. A l’époque, Jean Yves Prigent prenait la 3ème place de l’épreuve K1H derrière Richard Fox et Lubos Hilgert ! 2 ans plus tard, grâce à l’équipage formé par Jerome Daval et François Collin, le club spinalien place son premier bateau en équipe de France aux mondiaux de Merano en 1983. Le club Vosgien a seulement une dizaine d’années mais forme des jeunes pagayeurs performants sous l’impulsion de Gérard Bonvin. Dans un premier temps, c’est surtout les canoës biplaces qui viennent garnir les rangs de l’équipe de France avec les équipages Saidi/Del Rey ou Saidi/Daval. Mais Anouk Loubie en K1D, Jacky Avril en C1H viennent démontrer qu’Epinal peut aussi former des pagayeurs performants dans d’autres catégories. Dans les année 90, la famille Gaspard et les « recrues » Thomas Monier et Laurent Burtz renforcent la légende de la force rouge. Puis vient le temps des victoires de l’équipage Klauss/Péché et du kayakiste Matthieu Biazzizo dans les année 2010. Mais cette année le club du GESN a fait chou blanc et ne sera pas représenté sur la scène internationale. C’est donc une série longue de 38 ans qui vient de s’achever pour le club aux 8 participations olympiques (J.Avril, Laurent Burtz 2 fois, Saidi/Del Rey 2 fois et Klauss/Péché 2 fois).


Le fail du week end

Eva Pietracha

Pour sa deuxième participation aux piges junior, Eva a ajusté le tir par rapport à l’an dernier. Avec une année de plus d’entraînement au pôle espoir de Pau, elle s’est aguerrie et cela lui a permis de performer durant ces deux semaines de compétition. Derrière l’intouchable Emma Vuitton, elle a fait preuve de solidité pour prendre la 3ème place des courses junior juste derrière Doriane Delassus. Auteure d’une belle 10ème place lors de la seconde course à Seu d’Urgell, elle était quasiment assurée d’être déjà sélectionnée avant la dernière course. Mais elle tient tout de même à finir ces sélections de la meilleure des façons et sa manche de demi-finale est bien maîtrisée. Sauf qu’en sortie du stop 19, la kayakiste de Vinon-sur-Verdon se laisse retenir par le fameux « kraken ». Après quelques secondes de rodéo, elle se démène pour s’extirper du mouvement d’eau et finir son parcours comme si de rien n’était.




La déclaration du week end


Camille Prigent

« Je suis très contente. La semaine a été longue et éprouvante, je suis soulagée et motivée pour les échéances internationales. Le programme va être dense entre les courses U23 et senior, mais je me sens prête et surmotivée cette saison »

(Le Télégramme du 03/05/2019)


En effet, le format actuel des piges est éreintant pour les sportifs : 2 semaines à produire des efforts explosifs et répétés, à gérer la pression ainsi que les hauts et les bas que chacun connaît au cours des 4 courses. Mais une fois de plus, la jeune bretonne s’en sort indemne et avec une double sélection, senior et U23. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle semble avoir les crocs pour cette nouvelle saison à venir.


La photo du week end



Cedric Joly et Edern Le Ruyet ne savent surement pas encore ce qui les attend quelques instants après ce cliché. Martin Thomas, vainqueur des piges 2019, s’apprête à leur donner une douche de champagne, à la manière d’un champion de formule 1.


La question de la semaine


Qui décrochera les billets pour Tokyo ?

Pour ceux qui ne le sauraient pas déjà, le mode de sélection olympique pour Tokyo 2020 sera bien différent de ce que l’on a connu lors des précédentes olympiades. En effet, le seul ticket disponible par catégorie se jouera lors de la saison internationale 2019 sur 4 compétitions de référence : les coupes du Monde de Londres, de Bratislava et de Prague ainsi que les championnats du Monde à Seu d’Urgell. Si le niveau de résultat est suffisant, la direction technique nationale sélectionnera l’athlète le plus performant lors de ces échéances. A priori, les sportifs que l’on retrouvera lors des jeux olympiques font déjà partie de l’équipe de France senior de cette année. Dès lors, on peut commencer à se demander quels pagayeurs va t on pouvoir encourager au Japon dans un an et demi. Si chez les C1H et K1H, deux leaders naturels se dégagent avec Denis Gargaud et Boris Neveu, ils devront se méfier de leurs adversaires qui ont l’air de combler l’écart petit à petit. En effet avec la saison internationale de Cédric Joly l’an dernier et le retour en forme de Martin Thomas, rien ne sera facile pour Denis. Idem chez les kayaks où Quentin et Mathurin semble s’être endurcis depuis l’an dernier et pourraient poser quelques problème à l’expérimenté Boris. Le constat est un peu différent chez les féminines où il est plus difficile de dégager des favorites. Chez les canoës Lucie Prioux, Lucie Baudu et Claire Jacquet ont chacune des qualités à faire valoir. Leur classement international l’atteste puisqu’elle se tiennent dans un mouchoir de poche entre la 12ème et la 18ème place mondiale. Enfin, parmi les kayaks dames, il est également difficile de faire un pronostic entre les 3 sélectionnées. Marie-Zélia paraît être la plus rapide mais elle devra faire face à Camille Prigent qui ne cesse de progresser et commence à s’installer dans le gratin mondial. Quant à Lucie Baudu, sa médaille en coupe du monde l’an dernier peut être le déclic dont elle avait besoin pour se révéler dans cette catégorie.


Le point sélection


Kayak dame

Equipe de France senior: Marie-Zélia Lafont, Lucie Baudu & Camille Prigent

Equipe de France U23: Camille Prigent, Marjorie Delassus & Romane Prigent

Equipe de France U18 : Emma Vuitton, Doriane Delassus & Eva Pietracha

Kayak homme

Equipe de France senior: Boris Neveu, Quentin Burgi & Mathurin Madore

Equipe de France U23 : Mathurin Madore, Pol Oulhen & Malo Quemeneur

Equipe de France U18 : Anatole Delassus, Noé Perreau & Tom Babin

Canoë monoplace homme

Equipe de France senior : Denis Gargaud, Martin Thomas & Cédric Joly

Equipe de France U23 : Jules Bernardet, Nicolas Gestin & Lucas Roisin

Equipe de France U18 : Yohann Senechault, Adrien Fischer & Hector Combes

Canoë monoplace dame

Equipe de France senior : Lucie Baudu, Claire Jacquet & Lucie Prioux

Equipe de France U23 : Lucie Prioux, Margaux Henry & Marjorie Delassus

Equipe de France U18 : Laurene Roisin, Doriane Delassus & Camille Castryck



Le francilien Yohann Senechault a survolé les sélections C1H chez les juniors.


Et sinon


- Nous avions évoqué lors du compte rendu de Seu les déboires de Bérénice Kolenc à l’issue de la seconde course. La Nayaise, qui n’avait plus aucune chance d’intégrer l’équipe de France, s’est consolée en allant chercher la victoire lors de la course 4 devant Camille Prigent et Carole Bouzidi.


- Edern Le Ruyet a pris la 3ème place du championnat de France élite, notamment grâce à sa victoire lors du dernier jour. S’il a pu monter sur la 3ème place du podium, c’est un faible lot de consolation puisqu’avec la pré-sélection de Denis Gargaud, il ne restait que 2 places à prendre en équipe de France senior.


- Seuls 2 clubs ont réussi à placer plusieurs athlètes en équipe de France. Il s’agit bien entendu du club de Pau qui qualifie pas moins de 6 embarcations (D.Delassus en C1 et K1 U18, M.Delassus en C1 et K1 U23, R.Prigent en K1 U23 et A.Delassus en K1 U18). Le 2ème club à réussir cette prouesse est plus inattendu puisqu’il s’agit du Canoë Kayak Club de France de Bry-sur-Marne en Île de France. Yohann Senechault et Hector Combes, tous deux sélectionnés en équipe C1H U18 viennent perpétuer la tradition des céistes de ce club. De Voyemant/Troquenet à Tom Maffeis, en passant par Pierre-Berthelot-Cleck et Evence Granger, les 2 jeunes céistes portent sur le dos un solide héritage.


- Vous n’avez rien remarqué au bord du bassin lors du dernier jour de compétition ? Nous si, nous avons pu observer les expériences capillaires de Jules Bernardet et Cedric Joly qui ont du bien arroser la fin de leur belle sélection la veille au soir.


- Peu de rotation cette année en équipe de France senior. En effet, il y a eu seulement un changement par rapport à l’an dernier avec la sélection de Martin Thomas à la place de Pierre-Antoine-Tillard. Mais surtout aucune nouvelle tête puisque Martin était déjà un habitué de l’équipe. Au plus grand regret des anciens de l’équipe, il n’y aura donc pas de discours des nouveaux cette année.


- Nous avions fait la promotion des céistes de l’année 2000. Force est de constater que nous ne nous étions pas trompés tant l’équipe junior a fait forte impression durant ces sélections. Outre Jules Bernardet déjà évoqué, Nicolas Gestin et Alexis Bobon étaient bien dans le rythme pendant ces piges. Le Finistérien aurait pu espérer mieux tant il a semblé quelque peu crispé lors des finales mais il repart tout de même avec une 5ème place au classement final et une sélection U23. En ce qui concerne Alexis, il est allé chercher par deux fois une magnifique 5ème place lors des courses 2 et 3 mais il paye son manque de régularité. C’est l’expérimenté Lucas Roisin qui a profité de ces sautes de concentration pour conserver sa place en équipe U23 d’un cheveu


- Tout comme chez les C1H où les 4 sportifs U23 évoqués précédemment ont respectivement pris la 4ème, 5ème, 7ème et 8ème place du classement général, les K1H U23 ont également fait forte impression pendant les sélections. Mathurin Madoré 3ème, Pol Oulhen 5ème, Malo Quemeneur 6ème, Simon Hene 7ème et Thomas Durand 8ème ont mené la vie dure aux seniors.


- Les céistes féminines ne veulent pas lâcher le morceau. Pour la troisième année consécutive l’équipe C1D dame senior sera composée des mêmes éléments : Lucie Prioux, Lucie Baudu et Claire Jacquet. Ces trois là sont bien installées et ne laissent aucune miette à la concurrence


- 6 ! Comme le nombre de changements de bordé effectués par Martin Thomas lors de sa victoire dans la course numéro 3. Cette aisance technique est une corde de plus à son arc pour relever les défis d’un parcours de 25 portes. Cela pourrait faire réfléchir pas mal de ses concurrents, qui sont très peu à maîtriser aussi bien les 2 bordés et surtout à le réaliser en course.


- Incroyable performance de Marie-Zélia-Lafont lors de la dernière course ! A l’attaque du Start à la ligne d’arrivée, elle a effectué un temps plus rapide de 8 secondes que toutes ses adversaires. Impressionnant… sauf qu’elle a écopé de 50 secondes de pénalité pour un stop réalisé sur une trajectoire un peu trop courte. Si elle réédite ce genre de performance lors des championnats d’Europe dans 3 semaines, cela pourrait faire mal. A condition de passer la tête en entier dans toutes les portes biensûr.


- Quel retour pour Pol Oulhen ! Lui qui ne s’était pas sélectionné en 2018 et qui s’était blessé juste après les sélections a retrouvé la formule gagnante en 2019. Dans le rythme dès le début des sélections, il n’était pourtant pas en ballotage favorable à cause des performances de M.Madoré, M.Quemeneur et T.Durand. Mais grâce à sa régularité mais surtout à l’aide d’un gros finish sur la dernière course, il réintégre l’équipe de France U23 pour sa dernière année dans la catégorie.


- On vous avait bien dit qu’il fallait mettre un billet sur Camille Castryck chez les C1D junior. La cadette est allé chercher sa sélection à la toute dernière minute. Grâce à sa 10ème place lors de la course numéro 4, elle est la dernière de tous les sélectionnés à avoir gagné sa place.


A propos

Né en 2019 de la passion d'un sport, contre courant est le fruit de réflexions, d'analyses et de questionnements.

Un contenu sérieux, précis et décalé sur l'actualité du kayak slalom français et international.

 

En savoir plus

 

  • White Facebook Icon