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Jour de course #5 - Sélections Equipe de France Seu D’urgell

On a beau y avoir droit tous les 12 mois, chaque année les « piges » viennent nous frapper de plein fouet et nous rappeler à quel point les émotions qui accompagnent ces compétitions sont aussi fortes que diverses. Du rire au larmes, de la joie la plus forte à la tristesse la plus profonde, ces courses viennent valider ou sanctionner des mois et des mois de préparation profonde et intense. La première étape se tenait ce week-end à Seu d’Urgell en Espagne et l’année 2019 n’a pas dérogé à la règle : ces piges, c’est vraiment quelque chose ! Des victoires flamboyantes des canoës hommes aux exploits des canoës dames en passant par les duels acharnés des kayaks hommes et dames, on a eu droit à du beau spectacle. Ces deux premières courses ont dégagé les premières tendances mais à mi chemin de ces sélections, personne n’est à l’abri et des « remontadas » sont encore possibles…


Martin Thomas, a pris la victoire lors de la première course grâce à une navigation impressionnante de justesse.

La performance du week end


Lucie Baudu

Engagée sur 2 tableaux, en canoë et en kayak, Lucie faisait face à un défi de taille avant les sélections : celui de se sélectionner dans les 2 catégories en réalisant 16 manches en 2 semaines à son meilleur niveau ! Lors de ce premier week end, elle a suscité l’admiration du public, tant elle a brillé par ses performances. En effet, elle a réussi à prendre des bons points dans les deux embarcations sans griller aucun joker. Mais surtout en laissant le sentiment qu’elle en avait encore sous la pédale. Avec 2 secondes places en kayak, elle n’a toutefois pas réussi à remporter ces courses. Camille Prigent et Marie-Zélia Lafont sont à chaque fois venues se positionner juste devant elle. Néanmoins, elle reste la plus solide puisque ces deux dernières ont réalisés des sorties de route que l’Orléanaise n’a pas encore commises. Idem en canoë ou avec sa victoire durant la course 1 et sa 3ème place lors de la deuxième, elle se place en bonne position dans l’optique d’une sélection. On peut toujours craindre une baisse de régime due à l’enchainement des manches mais Lucie semble parée autant physiquement, techniquement que mentalement pour gérer cette longue compétition et la fatigue qui en découle.


La rookie du week end


Laurène Roisin

La junior aurait pu prendre une belle 15ème place lors de la première course en kayak grâce à une navigation légère. Seul bémol, cette légèreté n’a pas été appréciée par les juges lors du contrôle du matériel. Disqualifiée pour un bateau auquel il manquait quelques centaines de grammes, elle a du se faire bien tirer les oreilles par son père et chef d’équipe, Jacques. On mettra ça sur le compte de la jeunesse… Mais elle a vite redressé la barre en prenant la 7ème place en canoë quelques heures après ! Elle ne s’est pas laissé longtemps perturber par cette mésaventure puisqu’elle a à nouveau réalisé de solides performances lors de la course 2. Encore 7ème en canoë, elle a confirmé son potentiel dans cette catégorie en faisant jeu égal avec certaines céistes U23. En kayak, elle a même été meilleure que durant la première course puisqu’elle termine à la 12ème place et cette fois ci avec un bateau au poids ! Tout cela la place en tête des sélections U18 en canoë et en bonne posture pour une sélection en kayak. Il faudra confirmer cette belle progression en réalisant des courses du même niveau à Pau.


La question de la semaine


Comment expliquer la contre performance de Mathieu Biazizzo ?

Mathieu Biazizzo, qui est pourtant un des leaders français depuis 5 ou 6 ans, n’est jamais parvenu à rentrer dans ces sélections. En difficulté durant les manches de qualification des deux premières courses, il n’a pris part à aucune finale et se trouve déjà hors jeu pour une sélection en équipe de France. Malgré une vitesse de navigation suffisamment élevée pour jouer les premiers rôles, le Spinalien a réalisé à chaque fois une grosse erreur le privant d’une place dans le top 10. Si on sait bien qu’il possède les capacités pour se sélectionner, la vraie question est de comprendre pourquoi le Lorrain ne parvient plus à exprimer son meilleur niveau lors des sélections chaque année. Pourtant impérial entre 2013 et 2015, Biazizzo n’est parvenu qu’une seule fois depuis à figurer sur le podium final des piges, en 2017. Ainsi lors des éditions 2016, 2018 et donc 2019, il a échoué à produire un niveau de navigation à la hauteur de l’enjeu. Et il est frappant de constater que sur la même période, il a terminé par deux fois sur le podium final du classement coupe du Monde. Second l’an dernier et vainqueur en 2016 ; il est pourtant un des fers de lance de cette équipe de France. Les tricolores devront faire sans lui cette année. Triste pour ses supporters, pour le public et même pour ses adversaires…


Le fail du week end


Mathurin Madoré

Après avoir créé la surprise en se sélectionnant pour la première fois en équipe de France senior l’an dernier, le Francilien semble déterminé à confirmer sa place en 2019. Solide deuxième lors de la première course, Mathurin a démarré pied au plancher la seconde finale. Dans le tempo et bien à l’attaque, il a fait jeu égal avec l’expérimenté Boris Neveu qui était aux commandes de la course. Malheureusement une trajectoire un peu courte en bas de parcours a fait bien des dégâts. Géné en sortie du stop 21, Mathurin est allé cartographier les fonds sous marins du bassin espagnol pendant quelques secondes. De retour à l’endroit, il ne s’est pourtant pas laissé décontenancer et a fini cette manche au mental. Bien lui en à pris, puisque cela lui offre une 3ème place qui ressemble à un lot de consolation mais qui maintient le Parisien dans la course à la sélection.




Le duel du week end


Cédric Joly vs Martin Thomas

Cette année, il y aura seulement deux places en équipe de France pour les céistes masculins, Denis Gargaud étant déjà sélectionné. Cela tombe bien puisque deux d’entre eux se sont nettement dégagés de la mêlée lors de ce premier acte espagnol. Cédric Joly, vainqueur de la deuxième course a répondu à Martin Thomas, victorieux lors de la première. Ayant la veille récolté une solide deuxième place, Cédric a pris la tête des sélections, mais le Charentais est dans son sillage grâce à une 4ème place qui n’est pas à jeter. Ces deux là se sont surtout distingués en creusant un écart abyssal sur la concurrence. Quasiment 3 secondes pour Martin le premier jour et plus de 4 pour le Breton lors de la course 2. Si les deux places restantes leurs semblent promises, il faudra pourtant se méfier des poursuivants et notamment de Jules Bernardet. Avec ses 2ème et 4ème places, le Pontisallien est en embuscade et pourrait bien créer la surprise. Impressionnant, le jeune céiste propose une navigation totalement décomplexée et cela paye. Il est intéressant de constater que ces 3 hommes là partagent le même entraineur : Yves Narduzzi. S’il doit être bien content des prestations de ces poulains, il va devoir réussir à gérer la forte concurrence qui s’est installée au sein de son écurie.


La décla' du week-end


Margaux Henry

"Je réalise une manche correcte, malgré une perte de temps à mi-parcours. J’aurais pu gagner quelques secondes en bas. Le résultat reste malgré tout satisfaisant. Nous avons couru sur un parcours très engagé et difficile. Maintenant, il va falloir confirmer à Pau où il nous reste deux courses. Au classement intermédiaire, je suis 4e, je peux aussi imaginer une sélection en senior" (Le Télégramme du 28/04/2019)


Il est vrai qu'avec une place de 4ème et une place de 5ème, Margaux Henri a fait une bonne opération en vue d'une sélection U23. En embuscade chez les senior, il faudra néanmoins qu'elle réussisse à grappiller encore quelques places pour inquiéter ses adversaires.


Troisième lors de la première course, Edern Le Ruyet a grillé son joker lors de la seconde. Il n'a plus droit à l'erreur s'il souhaite terminer sur le podium du classement final !


La stat' du week-end


11

Boris Neveu, réputé pour sa grande régularité lors des courses de sélections, a l’habitude de truster les podiums lors des piges. Rendez vous manqué cette fois ci, lors de son entrée en piste à Seu d’Urgell. Relégué à la 4ème place derrière Quentin Burgi, Mathurin Madoré et Benjamin Renia, il n’est pas parvenu à poursuivre une série qui commençait à s’étendre sur une demi décennie. En effet, depuis quasiment 5 ans, à chaque fois que Boris s’élance sur une course de piges avec enjeu (c’est à dire sans être déjà sélectionné mathématiquement), il monte sur la boîte. Il faut remonter au 8 mai 2014 pour trouver trace d’un contre exemple ! A l’époque c’était Mathieu Biazizzo qui s’était imposé et Benjamin Renia était déjà sur la 3ème marche. Boris, lui, avait terminé à la 9ème place d’une finale où figurait d’ailleurs son entraineur actuel, Benoit Peschier ! Depuis, il a enchaîné une série de 11 courses sélectives parmi les 3 premiers. Ainsi, il a pris la 1ère et la 3ème places des courses de sélections 2014. En 2015, il était déjà sélectionné grâce à son titre de champion du monde 2014. Un an plus tard, il est monté sur les 3 podiums des sélections 2016. Idem pour 2017 et 2018 où il a systématiquement figuré sur le podium lors des 3 premières courses avant de réaliser la dernière manche « pour du beurre ». Bon, il a vite corrigé cette erreur en remportant la seconde course deux jours plus tard. Vous avez dit patron ?


Le geste technique du week end


Bérénice Kolenc

Avec une place de 5ème lors de la première course, Bérénice Kolenc a réalisé un bon début de compétition. Mais lors de la qualification du deuxième jour, elle commet une petite erreur dans le complexe passage 13 - 14 - 15 sous la passerelle qui la prive de finale A. Elle ira d'ailleurs longuement analyser ce secteur à l'aide de son compagnon Pierre Bourliaud entre les deux manches. Remontée comme une pendule lors de la finale B, elle effectue une superbe manche tout au long du parcours. Justement lors de ce passage qu’elle avait échoué à bien réaliser le matin, elle met tout le monde d’accord en réalisant un magnifique enchainement : calme, précise et agile, elle parvient à placer son bateau au dessus de l’eau pour effacer ces 3 portes avec une facilité déconcertante. Elle sera malheureusement pénalisée de 50 secondes de pénalité sue la porte 8, 30 minutes après sa manche. Si cette déconvenue n’est pas une bonne opération mathématique en vue d’une sélection, elle peut se consoler et s’appuyer sur cette navigation rapide et offensive pour aller jouer les trouble-fêtes lors des courses 3 et 4 cette semaine.





La photo du week end


Qui aurait pu parier sur une telle régularité pour Quentin Burgi ? Si tout le monde connaît la capacité de l’Alsacien à réaliser des chronos stratosphériques, personne n’aurait pu soupçonner la solidité dont il a fait preuve à Seu d’Urgell. Intermittent du spectacle lors des sélections depuis de nombreuses années, Burgi semble vouloir devenir un artiste à plein temps. Vainqueur des deux manches de qualifications, il s’est offert une victoire lors du premier jour avant de monter sur la seconde marche durant la deuxième course. De plus, il n’a effectué qu’une seule petite pénalité lors des 4 premières manches, ce qui le prive même d’une double victoire. Qu’il semble loin le temps où il finissait les sélections avec +16 (2017) ou + 160 (2018) au compteur. Avec ces performances, il a déjà un pied en équipe de France mais il faudra tout de même transformer l’essai cette semaine à Pau.



Et sinon...


- Les jeunes Espagnols ont réalisé une véritable prise de pouvoir lors des courses masculines de ce week end. Pau Echaniz a 17 ans et Miquel Trave 18 ; le premier est plutôt spécialiste du kayak mais court également en canoë. Quant au second, c’est l’exact opposé. Ces deux talentueux pagayeurs ont délivré une leçon de polyvalence en se hissant tous les deux en finale A dans les deux embarcations lors de la première course. Seuls hispaniques présents dans ces deux finales du vendredi, ils ont envoyé un message fort aux tauliers historiques de l’équipe d’Espagne. S’ils ont un peu accusé le coup durant la seconde course (sauf pour Miquel en C1), c’est une belle promesse pour les années à venir.


- Il fut un temps où les piges U23 se remportaient avec des courses de onzième chez les kayaks hommes. C’était en 2016 et l’équipe était composée à l’époque de Clement Travert, Pol Oulhen et Mathieu Desnos. Avec 6 bateaux U23 dans les 10 premiers vendredi et 3 dans les 5 premiers dimanche, les pagayeurs de cette catégorie ont bien musclé leur jeu. De plus, ils sont maintenant nombreux à se mêler à la lutte pour une place chez les seniors. Derrière Mathurin Madoré, déjà évoqué, Malo Quemeneur et Thomas Durand pourraient avoir une carte à jouer avec les belles performances qu’ils ont réalisées à Seu.


- Quelle bataille également chez les C1 U23. Ils sont 3 à avoir intégré les deux premières finales A : Jules Bernardet, Lucas Roisin et Nicolas Gestin ont mis une belle option sur l’équipe de France -23. Cependant Alexis Bobon, 5ème de la deuxième course ou même Nathan Hossin et Antoine Gaillard avec des places de 10ème et 11ème sont loin d’avoir dit leur dernier mot.


- Marjorie Delassus n’a pas été en veine lors de la première course en échouant à la 11ème place, aux portes de la finale aussi bien en canoë qu’en kayak. Mais elle a réagi avec panache en remportant la finale B chez les kayak avec un temps qui lui aurait permis de prendre la première place française en finale A. Finalement elle termine ce premier week de compétition bien placée dans les deux embarcations mais sans avoir livré la pleine mesure de son talent.


- Lucie Prioux a pris un superbe départ en C1 avec une victoire et une troisième place. Cependant, elle n’a pas eu la même aisance en kayak ou elle souhaitait monter sur le podium U23. Dès la première course, elle a cassé sa pagaie en milieu de parcours, handicapant ainsi ses chances de bien figurer.


- Emma Vuitton est en train de confirmer les espoirs placés en elle. Avec 2 finales B qui lui permettent de finir 7ème et 11ème des deux premières courses, elle est largement en tête chez les juniors et elle pourrait bien finir sur le podium U23.


- Au delà des sélections, le public a pu apprécier de beaux duels franco-espagnols tout au long du week end. Avantage France dans les catégorie masculines avec seulement 2 ou 3 bateaux espagnols par finale et seulement 2 podiums (Trave en C1 et Hernanz en K1) sur 12 possibles. Du coté féminin, le constat est plus nuancé avec des finales plus équilibrées et des victoires espagnoles lors des 4 courses. Revanche dès cette semaine à Pau !


- Sélectionnée chez les senior pour la première fois en 2018, Camille Prigent semble bien partie pour enchaîner cette année comme en témoigne sa victoire lors de la première course. Pourtant une faute de trajectoire en haut de parcours lors de la seconde course lui rappelle qu'il faudra batailler jusqu'au bout. La Rennaise a du se consoler de cette erreur en fêtant le premier trophée du Stade Rennais Football Club depuis 48 ans !


- A l'heure de la toute puissance du numérique et des réseaux sociaux, certains adaptent leur façon d'analyser un parcours. C'est le cas de Thibaut Blaise qui a soumis à la communauté Instagram, l'option qu'il devait privilégier sur le stop 21 du parcours de samedi. Les internautes ayant répondu majoritairement qu'il devrait seulement passer la tête dans la porte, le Nancéien s'est exécuté, et avec brio.



Ella Bregazzi a pris une magnifique seconde place dès l'ouverture de ces piges !

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