A propos

Né en 2019 de la passion d'un sport, contre courant est le fruit de réflexions, d'analyses et de questionnements.

Un contenu sérieux, précis et décalé sur l'actualité du kayak slalom français et international.

 

En savoir plus

 

  • White Facebook Icon
  • Contre courant

Jour de course #15 - N1 Les Roches du Diable

Qui dit nouvelle année, dit nouvelle saison N1. Et qui dit première course N1 de l’année, dit course en Bretagne. Cette fois ci le rendez-vous était donné à Guilligomarc’h, sur les bords de l’Ellé. Et il faut dire que le torrent finistéro-morbihannais s’était mis sur son 31 pour cette occasion. Un niveau d’eau exceptionnel, des parcours engagés et joueurs : tout était en place pour assister à une course somptueuse. Et nous n’avons pas été déçus… Entre les exploits de certains et les frayeurs des autres, le public en a pris plein la vue et peu importe si ce dernier avait de la boue jusqu’au cou. Malgré l’absence de certains leaders nationaux, fraîchement revenus d’Australie, les courses ont été passionnantes et relevées.


Tom Babin, en Y sur la dernière portion de parcours.


Les perfs' du week end


Camille Prigent & Nicolas Gestin

Parmi les favoris de cette première manche N1, Camille et Nicolas ont fait régner la loi. Tous deux vainqueurs des 4 manches du week-ends, qualifications et finales, ils ont su affirmer leur suprématie sur leurs catégories respectives. Dès samedi, Camille a remporté l’or avec 16 secondes d’avance dans une course décousue, qui aura vue Angèle Hug finir 3ème avec 54 secondes de pénalité. Quant à Nicolas, il est également monté sur la première marche du podium lors de cette première course malgré 8 secondes de pénalité. Le lendemain, rebelote, ils se sont à nouveau imposés avec une petite marge sur la concurrence. Chacun avec deux secondes d’avance, et malgré une grosse erreur en milieu de parcours pour le céiste, ils ont écœuré leurs concurrents, qui se sont battus pour les miettes. Il faut dire qu’aux Roches du Diable, ils sont peu parmi leurs adversaires à connaître aussi bien le bassin que ces 2 pagayeurs. Si c’est déjà le cas pour la Cessonnaise Camille Prigent, c’est encore plus vrai pour le Quimperlois Nicolas Gestin, qui a grandi à quelques kilomètres seulement de ce magnifique site naturel. Ceci étant dit, il ne faut tout de même pas sous-estimer leurs performances car cet avantage ne leur garantissait en aucun cas des victoires aussi éclatantes.




Le rookie du week end


Glen Le Meur

Pour sa première course sur le circuit national 1, le jeune céiste a fait fort sur le bassin breton. Sociétaire du club de Brocéliande, comme un certain Cédric Joly, il a su mettre à profit sa connaissance du bassin pour tirer son épingle du jeu dès la première course du week end. Alors que ses concurrents se faisaient martyriser par les eaux déchaînées, Glen parvenait à mener son embarcation sans encombre jusqu’à la ligne d’arrivée. Résultat : une quatrième place surprise, au nez et à la barbe des pagayeurs expérimentés de la catégorie. Largement suffisant pour se sélectionner pour sa première finale A dès sa première course au plus haut niveau national. Quand on sait que sa meilleure performance sur une course N2 était une 8ème place à Nancy en mai dernier, on ne peut qu’être impressionné par la progression du céiste de 17 ans. Déjà 5ème aux play-offs en novembre 2019, il est en train se replacer dans la hiérarchie junior. 6ème au classement numérique de sa catégorie avant le week-end, le voilà maintenant à la 3ème place. Quand on sait que ce classement comptera dans les sélections U18 2020, c’est non seulement une bonne opération statistique, mais c’est aussi de quoi faire le plein de confiance à quelques semaines de cette échéance. Le Montfortais est entré de plain pied dans la danse à la qualification chez les C1H juniors. Et si Yohann Senechault semble intouchable chez les C1H juniors, la bagarre avec Loic Trenchant (Huningue), Mewen Debliquy (Cesson-Sévigné) ou encore Tanguy Adisson (L’Argentière) ne fait que commencer. Les hostilités sont lancées …



Le frisson du week end


La passe à Rouquin

Si la N1 des Roches de 2010 avait vu un niveau d’eau record, celle de 2020 n’était pas mal non plus. Avec des hauteurs d’eau toujours supérieures à 2 mètres et un pic à 2 mètres 35 lors de la finale du samedi, le bassin était déchaîné. Ce débit impressionnant provoque des mouvements d’eaux plus violents, des rouleaux plus massifs, des variations plus importantes, et rend la navigation bien plus ardue. Compte tenu du parcours exigeant qui fut tracé vendredi, les pagayeurs avait face à eux un monstre enragé prêt à les engloutir à la moindre erreur. Au milieu de tout ça, les portes 10 et 11 ont offert un beau moment de sport aux spectateurs. Avec un rouleau très rétenteur entre les ces portes, 2 options s’offraient aux slalomeurs : une sécuritaire, permettant d’éviter le rouleau mais coûtant de précieuses secondes, une autre plus engagée, plus joueuse, consistant à tailler au plus court en effectuant une sorte de chicane sur la mousse du rouleau. Si cette option de trajectoire était plaisante à réaliser et magnifique à voir du bord, elle pouvait se révéler dangereuse en cas de faute technique. Lors de la qualification du samedi, ils sont une petite dizaine à s’être bloqués dans la gueule du loup et à avoir dû quitter leur embarcation. Si les kayaks dames ont été en grande difficulté, celui qui s’est fait la plus grande frayeur dans ce rouleau est peut-être Mewen Debliquy, en restant de longues secondes bloqué dans son canoë. Pour cette raison, les organisateurs ont fait le choix de déplacer la porte 10 pour la finale afin d’éviter ce périlleux mouvement d’eau. Un choix logique pour éviter un drame mais dommageable pour les pagayeurs expérimentés et pour le spectacle car cette figure constituait une des belles attractions du parcours.


Quand on se frotte aux Roches, on en sort pas toujours indemne. Ici, Emma Vuitton tente de sortir des griffes du monstre aquatique.


La stat’ du week end


1/170

Durant cette course dantesque de samedi, ils sont peu à s’en être sortis sans encombre. Parmi les 170 embarcations au départ, il n’y a qu’un seul pagayeur qui est parvenu à effectuer ses deux manches, qualification et finale, sans écoper d’une seule pénalité. Il s’agit de Kilian Foulon, le céiste de Val de L’indre. Il a fait parler son expérience pour éviter les touches malgré un déficit de vitesse sur le vainqueur du jour. 9ème de la qualification, il a tout de même accéléré en finale pour aller chercher la troisième place derrière Gestin et Joly. À noter qu’il est également parvenu à rester propre le lendemain et qu’il termine donc cette première N1 de 2020 sans avoir touché ou manqué aucune porte. Parmi les 169 autres embarcations engagées, aucune autre n’a réussi cette prouesse. Il faut aussi dire que les kayaks dames et hommes ont aussi subi une élévation du niveau d’eau samedi matin, et donc des portes particulièrement basses. Néanmoins, la performance de Kilian ne doit pas être sous-estimée, car passer deux fois ces 25 portes sans les toucher au milieu de ces terribles mouvements d’eau relève de fortes habiletés techniques et d’une grande maîtrise.


Le fail du week end


Valentin Brindeau

Lors de la course du samedi, la porte 25 ne constituait pas le plus grand péril de la compétition. Il s’agissait d’une porte en remontée, quasiment sur le plat, juste avant la cellule. Autant dire qu’elle ne représentait pas une grande attraction du parcours. D’autant plus que tout le reste de ce tracé offrait des beaux challenges techniques et physiques aux compétiteurs. Il était donc logique que tous les yeux soient plutôt rivés sur le reste du tracé, où tout pouvait se passer, étant donné la difficulté du parcours.

Valentin Brindeau, local de l'étape, connaît les Roches comme sa poche, puisqu’il a fait ses débuts à une centaine de kilomètres de ce bassin. Surement grisé par la course exceptionnelle qui s’annonçait, le finistérien en a un peu perdu ses moyens dans les dernières portes. Il faut dire que ce stop 25 était quelque peu caché derrière un caillou en fin de parcours. Et lorsque le finistérien arrive en fin de manche, il est en mode pilotage automatique et n'à qu'une hâte : passer la ligne d'arrivée le plus vite possible. Il s’en est suivi une scène assez surréaliste : alors que Valentin franchit la porte 24 et devrait logiquement se diriger vers la droite de la rivière, il se rend directement vers la ligne d’arrivée en sprintant. Quelques secondes après avoir franchi la cellule, il se demandait comment cela avait pu se passer ...





La vidéo du week end


Si le milieu du parcours est le secteur où il y a le plus de difficultés, d’obstacles et de dénivelé, la dernière partie offre également un sacré défi pour les slalomeurs qui arrivent dans cette portion avec la vision floue et les bras chargés d’acide lactique. Au milieu des énormes marmites d’eau marrons qui balayent la rivière, les portes placées à cet endroit sont extrêmement dures à cadrer et à franchir sans heurter les fiches avec son corps, son bateau ou sa pagaie. Petit florilège des difficultés rencontrées par les catégories kayak homme et canoë dame. (Crédit vidéo : Faysal Ali Zazou & Nathan Hossin)




La photo du week end



Avec 2 victoires en canoë dame et une deuxième place en kayak dame dimanche, Marjorie Delassus a réalisé un beau week end de compétition. Vainqueure de toutes les manches en canoë, elle s’est imposée avec 23 secondes d’avance samedi et 8 dimanche ! Également médaillée en kayak dimanche, la paloise parait bien en forme en ce début de saison.


Le (re)tour des réseaux : Qu’avez-vous pensé de la N1 des Roches ?


Cette année, pour les comptes rendus de course, on recueillera les témoignages de la communauté slalom sur Instagram (@slalomcontrecourant). À chaque fin de course, une question sera posée afin d’avoir un aperçu global de la vision des compétiteurs, spectateurs, organisateurs, juges, etc. Pour cette première, on a fait dans le classique avec la question suivante : Qu’avez-vous pensé de la N1 des roches du diable ? Morceaux choisis :


@yvesprigent : « C’était léger »

@arthur_conta : « Glissant »

@williamdesnos22: « Une merveille »

@nicogestin : « La deuxième plus belle N1 de l’histoire après celle de 2010 »

@samirocher : « Exceptionnel »

@thomas_durand10 : « Le feu ! Super organisation et super bassin »

@el.tang09 : « Vives les roches et le Finistère »

@romane_brncht : « Beau spectacle le samedi »

@isaacdfn « Dinguerie »

@hippocailak : « Graaaaaas d’eau »

@pierrem_r : « J’aurais du monter en N1 »

@nathan_frison : « Humide »

@julesbernardet : « J’ai été bouillant »

@gawaine_ : « Digne d’un combat de boxe contre Mohamed Ali pour certains »

@chrisrunscote : « Trop dangereux »

@salessek : « Dantesque et mémorable »

@tom-deconchy : « On est mieux à Cazouls quand même »

@Zougizag : « Doublé de Mbappé, doublé de Nico »

@nonoskuuuuu : « Trou de boue +++ »

@benjaminjacon : « Ma cheville n’a pas aimé »

@benhaminrenia : « Youhouuuuuuu !!! »

@valentin.courtiade: « Plus amusant sous l’eau que sur l’eau »

@simon.hene : « Ça manquait d’eau »

@martin.dougoud : « C’était hyper bien dans le canap »

@alex_ckv : « Beau spectacle à la passe à rouquin »

@lolitaseguy : « Boueux »

@corentin.beaumois : « Gros niveau avec un festival de natation synchronisée ! Tout ce qu’on aime. »

@mathis_soudi : « troue de boue x10000 »

@mimisilvin : « Beaucoup trop de boue, mais l’eau est plutôt bonne quand on nage »

@35madmax : « Nico est on fire »

@margaux.henry : « Ça m’a bien sorti de ma zone »


La nancéienne Julia Budzinski, 4ème lors de la finale C1D du samedi.


La question de la semaine


Que penser de cette course sur une rivière naturelle en crue ?

Au sein de ce débat, il y a beaucoup d’arguments à avancer. D’un côté, les ‘’pro-naturel’’ vont expliquer que cela représente les origines du slalom, que c’est l’opportunité de faire une course dans de la « vraie » eau vive et que c’est bien plus écolo que tous ces bassins artificiels. De l’autre, les ‘’anti-naturel’’ risquent d’avancer que l’équité sportive n’est pas garantie compte tenu des variations des mouvements d’eau et du débit de la rivière, que le jugement est trop compliqué, que la navigation est trop éloignée des bassins classiques internationaux. Et cerise sur le gâteau, ils risquent d’ajouter qu’on patauge pendant 3 jours dans la boue sans pouvoir regarder convenablement une manche du départ à l’arrivée. Si on ne peut nier ce dernier argument, on a quand même envie de se ranger dans la première catégorie. Une chose est sûre, c’est que ce genre de course avec un tel niveau d’eau devient de plus en plus rare. Depuis quelques années, on a pris l’habitude de déserter le haut du bassin de Bourg Saint Maurice, d’abandonner le Pont d’Espagne aux crues incessantes et d’annuler les N1 à l’Argentière quand le niveau d’eau déchaîne les flots de la Durance. Ce week end, il est apparu évident que le débit d’une rivière en crue met en grande difficulté ce qui est censé être l’élite de la nation des slalomeurs. Alors qu’on s’habitue aux courses ultra serrées, qui se gagne sur des détails et à quelques centièmes près, ce week end, on a observé autre chose : des parcours qui imposaient des défis techniques et physiques hors de portée de nombreux pagayeurs. Certes, les piges qui auront lieux dans quelques semaines et les prochains jeux olympiques de Tokyo et de Paris ne devraient pas ressembler à cela. Mais pourquoi devrions-nous toujours reproduire à l’identique ? Car s’il y a bien une chose qu’on a ressenti ce week end, c’est les émotions procurées aux compétiteurs et aux spectateurs. On a bien senti que c’était plus qu’une course de slalom, c’était l’Homme face à la rivière : un combat de David contre Goliath ou la finesse et la technique du premier triomphait parfois de la force et de la brutalité du second. De notre avis, le résultat a même perdu un peu de son intérêt au profit du spectacle. La peur, l’excitation, l’admiration nous ont tous transpercé comme rarement depuis quelques années sur les courses N1. Et rien que pour cette raison, cela donne envie de recommencer.


Le champion du monde Cédric Joly, pas tout à fait remis de son stage d'entraînement en Australie. Il accroche tout de même la seconde place lors de la première course.

Et sinon


- Le kayak homme est la seule catégorie où aucun pagayeur n’est parvenu à monter sur les deux podiums. C’est également la seule catégorie où aucun pagayeur de moins de 18 ans n’est rentré en finale. Densité.


- Lors de la qualification de samedi, seulement 81 embarcations sur 170 ont franchi la ligne d’arrivée sans avoir manqué de portes, soit moins de 50%. Déchet.


- Parmi tous les cadets et juniors présents aux roches, seul Camille Castryck est parvenu à monter sur un podium. 3ème en canoë samedi, à tout de même 53 secondes de Marjorie, elle prend néanmoins un petit ascendant sur la concurrence en vue des sélections juniors. Relève


- Cédric Joly a connu une petite mésaventure lors de la course du dimanche. Alors qu’il remontait vers le haut du bassin pour sa manche de qualification, il a glissé et chuté sur son bateau, se blessant ainsi légèrement au grand dorsal. En difficulté lors de cette manche, il a choisi de ne pas prendre de risque et de ne pas courir l’après-midi afin de se préserver pour la saison internationale qui l’attend. Glissade


- Ça devait faire un moment qu’il n’y avait pas eu deux franciliens aux deux premières places d’une N1, encore plus aux Roches du diable. Ce fut le cas dans la catégorie K1H avec la victoire de Thomas Durand samedi, suivi de Mathurin Madoré. Paname.


- En C1D, 7 des finalistes de samedi sont également parvenues à se sélectionner en finale dimanche. Ce chiffre chute à 5 chez les kayaks hommes et dames et à 4 chez les C1H. Régularité.


- Pour sa première N1, Romane Regnier a réussi à intégrer les deux finales A en canoë dame. Éclosion.


- Lors de la finale de samedi seulement 12 embarcations ont marqué des points « verts », c’est à dire des points inférieurs à leur moyenne au classement numérique. Hécatombe


- Avec ses deux nouvelles victoires, Marjorie en est à 4 victoires consécutives sur le circuit N1. Rendez-vous dans un mois à Pau pour continuer la série ?



Résultats complets de la course 1 : http://www.ffcanoe.asso.fr/eau_vive/slalom/classement/evenements/voir/3773


Résultats complets de la course 2 :

http://www.ffcanoe.asso.fr/eau_vive/slalom/classement/evenements/voir/3774