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Jour de course #12 - Coupe du Monde 4 Leipzig

Mis à jour : mars 12

La semaine dernière, c’était le retour de la coupe du monde et ça se passait à Leipzig, en Allemagne. Simple retour à la compétition pour certains, sélection olympique pour d’autres, la compétition occupait en tout cas une place stratégique dans le calendrier des athlètes à tout juste un mois des championnats du monde. À un mois des mondiaux et à moins d’un an des jeux, les cadors de la discipline ont montré les crocs en monopolisant les places en finale et sur les podiums. On sent que le « money-time » approche et les outsiders n’ont pas eu grand chose à se mettre sous la dent.

"Baisse toi, que j'regarde"

La performance du week end


Ricarda Funk


Quel week end pour l’Allemande ! Elle a tout écrasé sur son passage : qualification, demi-finale et finale. Elle a systématiquement mis à distance la concurrence à plus de 3 secondes en temps pur. Une petite touche en demi-finale a permis à la Tchèque Katerina Kudejova de finir à 1’’04. Mais ses manches vierges de toute pénalité en qualification et en finale ont repoussé sa dauphine Jessica Fox respectivement à 3’’05 lors des qualifications et à 3’’75 à l’issue de la finale. Sur ses terres, Ricarda a donc fait forte impression et rien ne semblait pouvoir l’arrêter, pas même la numéro une mondiale australienne, qui semble pourtant retrouver des couleurs sur cette fin de saison. Une marge impressionnante sur la concurrence qui lui permettait d’empocher sa 1ère victoire en coupe du monde de la saison après sa seconde place à Londres et sa troisième à Bratislava. Au delà de la victoire, la plus belle récompense pour la kayakiste germanique est d’avoir quasiment verrouillé sa sélection olympique. En effet, grâce à cette performance, Ricarda a déjà un pied et demi à Tokyo même s’il faudra valider définitivement cela lors des championnats du monde en décrochant le quota olympique.





Le rookie du week end


Jasmin Schornberg

Quoi ? Jasmin Schornberg, rookie du week-end ? Comment l’Allemande peut elle figurer dans cette rubrique alors que sa cheminée croule déjà sous les trophées : Vainqueure du classement final coupe du monde 2007, championne du monde 2009, 5ème des JO 2012 et j’en passe… Pas vraiment le profil d’un « rookie ». Sauf que tous ses succès ont été acquis en kayak et qu’elle est bien loin de présenter un tel palmarès avec une pagaie simple. Présente dans les équipes d’Allemagne depuis quasiment 20 ans, elle a débuté en canoë depuis seulement deux ans. Après une première coupe du monde l’an dernier, elle s’est sélectionnée en équipe senior en 2019. Ce week-end à Leipzig, elle est parvenue à intégrer sa première finale dans la catégorie et a même réussi à accrocher une belle 6ème place derrière des pagayeuses bien plus aguerries en canoë. Pour sa 4ème compétition sur le circuit senior dans cette embarcation (3 coupes du monde auparavant ainsi que les championnats d’Europe 2019), elle montre les progrès fulgurants qu’elle a réalisés. En s’inclinant dans la course à la sélection olympique face à Andrea Herzog en canoë et face à Ricarda Funk en kayak, elle a tout de même bien compromis ses chances de voir la capitale nippone l’été prochain. Néanmoins, ses récentes performances, aussi bien en C1 qu’en K1, pourrait lui mettre une petite idée en tête : aller conquérir un seconde titre mondial, dix ans après, sur le même bassin de Seu d’Urgell. L’histoire serait belle…


La question de la semaine


Jiri Prskavec est il allergique à l’or ?

Une fois de plus Jiri Prskavec était en finale sur ce week end de coupe du monde. Une fois de plus, il est reparti avec une médaille autour du cou. Une fois de plus, il n’a pas réussi à se parer du plus beau des métaux. Car Prskavec, c’est un pagayeur fougueux, prêt à prendre tous les risques pour exprimer au mieux sa navigation. Mais c’est aussi un véritable métronome, ce qui lui vaut d’être le kayakiste le plus régulier sur ces 3 dernières années. En coupe du monde, depuis l’étape de Prague 2016, il a pris 13 départs. Sur ces 13 départs, il a toujours intégré la finale. Et sur ces 13 finales, il est monté 10 fois sur la boite. Son pire résultat ? Une 6ème place… Tout simplement hallucinant dans une catégorie aussi dense et disputée. Pourtant sur ces 10 podiums, Jiri n’a remporté qu’une seule fois la médaille d’or : A Prague en 2016, il y a tout juste 3 ans. Depuis début 2017, le Tchèque n’a plus remporté aucune course majeure alors qu’il est monté sur 14 podiums individuels (championnats du monde, championnats d’Europe et coupes du monde). Un sacré paradoxe, d’autant plus qu’il semble bel et bien être le pagayeur le plus rapide de la planète. Comment cette série prendra-t-elle fin ? Sans intégrer une finale ou en décrochant l’or ? Rendez vous dans quelques jours à Prague pour la suite de ce feuilleton. Dans la rédaction de Contre-Courant, on a notre petite idée…


Le fail du week end


Lucas Roisin

Après ses belles performances de l’été sur le circuit U23 (vice champion du monde et 3ème aux championnats d’Europe), Lucas s’est vu proposé la participation à cette coupe du monde par le staff des équipes de France. Pour sa 3ème participation à une course du circuit senior après deux coupes du monde en 2017, Lucas avait à coeur de finir sa saison 2019 sur une grosse performance. Il est d’ailleurs passé tout près de la finale et c’est seulement une pénalité en fin de parcours qui l’a empêché d’y accéder. Mais il aurait aussi pu ne pas se sélectionner pour cette demi-finale. En effet, lors de la deuxième manche de qualification, il réalise un beau parcours sans faute qui lui garantit une place pour la suite de la compétition. Sauf qu’il perd le contrôle de son embarcation juste avant la ligne d’arrivée et vient percuter des plots en plastique juste après avoir franchi la cellule. L’impact est violent et fait même reculer le puissant céiste de quelques mètres. Il passe donc la cellule une seconde fois et cette fois ci dans le mauvais sens, avant de finalement reprendre le contrôle de son embarcation et de continuer vers l’aval. Une faute qui aurait pu être synonyme de disqualification. Néanmoins, cette mésaventure était bien entendu non-intentionnelle et n’a pas valu à Lucas d’être éliminé de la compétition.



Le geste technique du week end


Vit Prindis a renoué avec la victoire 2 ans tout pile après son dernier succès sur le circuit coupe du monde (Ivrea 2017). Le Tchèque y a mis la manière puisqu’il s’est imposé avec plus de 2 secondes d’avance sur tous ses concurrents. Une manche solide de haut en bas certes, mais surtout un départ canon qui a mis ses adversaires à distance dès le début de sa manche. Notamment avec ce fameux double stop 3-4 où Prindis fait bien glisser son bateau en conservant les intérieurs de stops. Pas forcément flamboyant mais diablement efficace. Demandez un peu à ses adversaires qui un à un sont venus se casser les dents sur le premier chrono intermédiaire. Et quand on prend déjà 2 secondes sur le haut, il est difficile de revenir dans le match…




La stat' du week-end


0,47

C’est l’écart entre l’Espagnole Nuria Villarubla, victorieuse chez les canoës dame, et la 4ème de cette même épreuve, l’Allemande Andrea Herzog. Entre ces deux là, la Tchèque Tereza Fiserova s’est glissée à la seconde place à 0’’04 de la victoire ! Et Jessica Fox s’est intercalée en 3ème position à seulement 0’’16. Des écarts infimes, d’autant plus chez les C1D où on a parfois l’habitude de voir des marges beaucoup plus importantes. Un indicateur que la catégorie progresse mais surtout se densifie en offrant des courses de plus en plus disputées. La plupart de ces pagayeuses ayant à peine 25 ans, on peut se réjouir d’assister à de belles bagarres dans le futur sur le circuit mondial. On retiendra tout de même la performance de Villarubla, qui ne s’était plus imposée sur une course majeure depuis la coupe du monde d’Ivrea en 2017. Après un petit passage à vide, elle revient donc en pleine forme sur cette fin de saison et aura une belle carte à jouer lors des championnats du monde qui auront lieu dans son jardin de Seu d’Urgell. Quant à Andrea Herzog, 4ème à une poignée de centièmes, ses sentiments doivent être mitigés. Si elle a fait un grand pas vers la sélection olympique, elle collectionne les places d’honneur sans réussir à monter sur la boite. 4ème ce week end alors qu’elle avait pris la 5ème place à Londres et Bratislava, l’Allemande fait preuve d’une belle régularité mais devra encore patienter avant de découvrir son premier podium chez les seniors.


Le point bleu


Week end de vache maigre pour la délégation française en Allemagne. Malgré 100% de Français en demi-finale, très peu sont parvenus à pointer le bout de leur nez dans les finales. Les C1H ont flirté avec le top 10 lors de la demi-finale mais sans parvenir à l’intégrer (Gargaud 12ème, Roisin 14ème et Gestin 15ème). La première étincelle est venue de Camille Prigent avec une belle 5ème place lors de la demi-finale. Mais elle n’est pas parvenue à reproduire pareille performance lors de la finale et termine la compétition à la 10ème place. Les C1D n’ont pas été à la fête non plus puisque le meilleur résultat est la 17ème place d’Ella Bregazzi. Enfin, chez les kayaks hommes, on a longtemps placé nos espérances sur Boris Neveu, le vétéran de la délégation française. Solide vainqueur de la deuxième manche de qualifications, il termine 5ème de la demi-finale avec l’impression d’en avoir encore sous le coude. Mais ses 52 secondes de pénalité lors de la finale auront raison de ses ambitions. Sa 9ème place reste la meilleure performance française de cette coupe du monde. A noter également la 17ème place de notre champion du monde junior Anatole Delassus, qui a vu la finale lui filer sous le nez à cause d’une pénalité à la porte numéro 3.

Avertissement sans frais pour les Français puisque cette étape était d’un moindre enjeu par rapport aux prochaines échéances. Mais ils devront rapidement relever la tête et faire preuve de plus d’autorité dès cette semaine à Prague.



La déclaration du week end


Alexander Slafkovsky


« Je suis très ému, car c’est problablement ma dernière chance d’aller aux jeux olympiques. Je suis vraiment très heureux d’avoir fait ce premier pas, mais le chemin est encore long. C’est la première marche de ce voyage. »


(Au micro de Planet Canoe)


Replaçons le contexte : Alexander Slafkovsky a débuté sur le circuit mondial en 1999 à 15 ans. Depuis, il a amassé la bagatelle de 31 médailles sur les championnats du monde et championnats d’Europe. Parmi ces breloques on retiendra notamment 3 titres de champion d’Europe, sa place de vice champion du monde en 2013 ou encore ses 8 titres consécutifs de champion du monde par équipe. Le problème se situe justement ici, sur l’excellence de l’équipe slovaque, car sur toute cette période, Alexander a eu un sacré caillou dans son chausson néoprène. En effet, quand on est de la même génération que Michal Martikan, difficile d’espérer accéder aux JO sachant que ce dernier est monté sur les 5 podiums olympiques entre 1996 et 2012 avec même 2 victoires en 1996 et 2008. Et même quand Martikan a lâché un peu de lest, c’est Matej Benus, le 3ème larron de l’équipe, qui s’est engouffré dans la brèche. Résultat : un podium olympique à Rio en 2016 pour lui aussi.

Pour la qualification à Tokyo, on prend les mêmes et on recommence puisque Michal semble éternel et que Matej est toujours présent dans le top 7 mondial. Néanmoins, Slafkovsky semble avoir pris l’ascendant sur ses adversaires. 2ème du classement mondial, c’est lui le plus performant sur ces derniers mois. Il l’a encore prouvé à Leipzig en remportant la demi-finale et la finale avec un matelas confortable alors qu’il avait déjà pris la seconde place lors des qualifications. Grace à cette performance, il met une petite option sur la qualification olympique mais le plus dur reste à faire puisqu’il s’agissait de la première des 4 courses sélectives pour la Slovaquie. C’est donc à 35 ans, que Slafkovsky voit sa plus grande chance de découvrir les jeux, mais aussi surement sa dernière…


La photo du week end


Franz Anton tout sourire en zone mixte. Après sa victoire à Bratislava, le voilà sur un second podium cette saison. Cette fois ci cela sera de l’argent. La bataille avec Sideris Tasiadis pour la sélection olympique allemande en C1 continue et la lutte est titanesque entre ces deux poids lourds de la discipline.



Argent content


Et sinon...


- En K1H et en C1H on a retrouvé les 7 pagayeurs les mieux classés en finale. Les patrons ont haussé le ton ! Chez les canoës ils ont même fini aux 7 premières places finales.


- 3 Tchèques en finale K1H, 3 Slovaques en finale C1H : il y a des choses qui ne changent pas.


- En dehors de Jasmin Schornberg, précédemment citée pour ses performances en canoë, aucun athlète n’est parvenu à intégrer sa première finale de coupe du monde.


- Jessica Fox revient fort sur cette fin de saison. Pourtant elle ne s’est à nouveau pas imposée à Leipzig mais avec une seconde et une troisième place, elle peut être satisfaite de son week end.


- Un petit point sur le classement coupe du monde avec les 4 leaders : Corinna Kuhnle en K1D, Jessica Fox en C1D, Jiri Prskavec en K1H et Luka Bozic en C1H.


- 2 ans après, il a failli nous refaire le coup : Michal Martikan, 40 ans, est passé tout près d’une nouvelle médaille en coupe du monde, 2 ans après sa dernière, ici même à Leipzig. 4 ème à 1’’3 du podium, sa touche à la porte 7 l’a privé d’une belle seconde place.

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