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Jour de course #11 - Championnats d’Europe (Liptovsky Mikulas) et du monde (Cracovie) U18/U23

Mis à jour : 29 juil. 2019

Sommet de la saison pour les jeunes pagayeurs internationaux, les championnats d’Europe et les championnats du monde U18/U23, avaient lieu cette année sur trois semaines au milieu du mois de juillet. Les leaders de certaines catégories ont répondu présents mais comme d’habitude on a aussi pu découvrir de nouvelles têtes dans ces catégories jeunes. Pour la France, le bilan a été plus que bon, et les kayakistes qui défendaient les couleurs bleues ont fait pleuvoir les médailles en Slovaquie et en Pologne. Pour cette fois ci, Contre-Courant a donc décidé de consacrer intégralement l’article à nos pagayeurs tricolores.


Benjamine de l'équipe de France, Emma Vuitton porte fièrement le drapeau tricolore.


La performance U23


Nicolas Gestin

Vous souvenez vous d’une finale sans Nicolas Gestin ? Depuis quelques mois, il nous avait habitué à intégrer toutes les finales des courses auxquelles il participait : trois étapes de coupe du monde, les championnats d’Europe junior, les championnats du monde junior, les courses de sélection nationales… Pour autant, le céiste ne parvenait que trop rarement à exprimer son plein potentiel lors de ces finales : médaillé sur les échéances junior malgré des courses perfectibles, il ne trouvait pas le bon rythme sur les courses senior et ressortait souvent déçu de l’ultime manche de ces compétitions. Persévérance ou déclic, nul ne le sait, mais «dieu», comme le surnomme ses partenaires en équipe de France, semble avoir trouvé la solution. Toujours en maîtrise, toujours dans le bon tempo, il a su accélérer lors des finales. Aux championnats d’Europe déjà, il a réussi à déloger de la première place le local de l’étape Marko Mirgorodsky, auteur d’une manche phénoménale. Rebelote deux semaine plus tard lors de la finale des championnats du monde ou personne n’est parvenu à aller plus vite que lui. Résultat des courses : Nicolas est champion d’Europe et champion du monde U23 pour sa première année dans la catégorie !





La performance junior


Anatole Delassus

Déjà vice-champion du monde junior l’an dernier, Anatole arrivait avec une grosse détermination et une envie débordante pour cette campagne 2019. Après une première manche pour se mettre dans le bain à Mikulas, le Palois déroule en demi-finale et se permet même de lever un poing rageur quelques mètres avant la ligne d’arrivée. Ses adversaires sont prévenus mais ne pourront rien faire, Anatole devient champion d’Europe grâce à une superbe manche en finale. Mais cela ne suffit pas à satisfaire l’appétit du kayakiste. Dès le début de la compétition à Cracovie, il donne le ton : vainqueur des qualifications, il remporte à nouveau la demi-finale en stoppant son effort avant la ligne d’arrivée. On se dit alors que rien ne peut arrêter sa fougue, sauf qu’en finale, le jeune prodige tchèque Jakub Krejcki place la barre très haut en naviguant plus vite que les U23 qui ont couru sur le même parcours le matin. Malgré tout le talent du jeune pagayeur français, on a du mal à croire à l’exploit, surtout qu’il affiche déjà plus d’une seconde de retard au premier intermédiaire. Sans s’affoler, il accélère et passe les portes de plus en plus vite… À quelques mètres de l’arrivée, les poils s’hérissent sur la peau des spectateurs et les secondes qui défilent sur les panneaux d’affichage semblent interminables. 82,83,84,… et le chrono s’arrête sur 85.15. 27 centièmes plus rapide que le tchèque ! Incroyable ! Il peut exulter et lever les bras, il vient de devenir champion du monde junior.


Le rookie


Adrien Fischer

En avait-il seulement rêvé ? 19 juillet 2019, 15h35, Adrien Fischer monte sur la 3ème marche des championnats du monde junior. Sous l’écrasant soleil polonais, il peut lever les bras et savourer le moment. Rembobinons un petit peu pour mesurer l’exploit que vient d’accomplir le pagayeur d’Oyonnax. 3 mai 2019, 14h34. Les C1H junior doivent sortir les calculettes pour trouver qui sera le 3ème sélectionné en équipe de France. Adrien Fischer et Thomas L’Huillier sont en balance et c’est le premier qui finit devant grâce à une règle de départage. Arrivé sur la pointe des pieds en équipe de France, le céiste prend vite conscience de ce dont-il est capable grâce à sa navigation puissante. Dès la première manche de la saison internationale, il remporte les qualifications des championnats d’Europe. Dans l’ombre du tonitruant Yohann Senechaut, il avance sûr de lui mais sans faire de bruit et termine la compétition avec une médaille en chocolat plus qu’encourageante. À Cracovie, il intègre à nouveau la finale mais cette fois ci par un trou de souris. 10ème de la demi-finale grâce aux sorties de route de plusieurs leaders, il ne s’enflamme pas et réalise une manche aboutie malgré quelques erreurs. Au fur et à mesure que les candidats passent, on commence à y croire dans les rangs français. Un dernier concurrent sort de la trajectoire et le voilà médaillé de bronze aux championnats du monde. Inattendu il y a quelques semaines, mais mérité pour le céiste qui ne cesse d’impressionner.


Arnaud Brogniart, coach des C1 hommes et dames U23, a l'air fier de ses troupes !


Le fail


Yohann Senechault

Le rendez vous était pris : Yohann Senechaut, prodige du canoë Français, devait éclabousser de sa classe les compétitions internationales de la saison 2019. Impressionnant depuis quelques années, on ne doutait plus du niveau du pagayeur du CKCF mais les évidences nationales peuvent devenir bien fébriles sous les feux de la scène internationale. Ce n’est pas le cas du céiste francilien, qui s’est d’abord imposé d’une main de maître lors des championnats d’Europe avec quasiment 5 secondes d'avance sur la concurrence ! Dès le début des mondiaux, la donne est la même: il devient champion du monde par équipe et remporte la qualification avec 3 secondes d’avance malgré 6 secondes de pénalité. On se demande alors ce qui peut bien arrêter le jeune français… La réponse est plutôt simple : lui même. En effet, vu sa marge sur la concurrence, seule une erreur de sa part pouvait le priver d’un premier sacre mondial. Lors de la demi-finale, un changement de bordée mal réalisé aura raison de lui et il sort de la route juste avant la porte 14. À 17 ans et pour ces premiers championnats du monde, il regardera la finale depuis le bord. On ne doute pas qu’il saura apprendre de ce faux pas pour venir conquérir une couronne mondiale l’année prochaine pour sa dernière année chez les juniors.





La stat'


11

C’est le nombre de médailles individuelles remportées par l’équipe de France lors des deux championnats qui viennent de s’écouler. Une belle moisson pour une équipe talentueuse et conquérante. Ajoutez à cela que parmi ces onze médailles, six sont en or, ce qui donne un bilan d’ensemble historique pour nos jeunes pagayeurs. Comme d’habitude, les courses par équipes ont également apporté leur lot de podiums et d’émotions dans les rangs tricolores. D’excellents résultats qui permettent à la bande française de se situer dans les hauteurs du classement des médailles, nez à nez avec l’impressionnante équipe tchèque. Des jeunes pétris de talents donc, qui contrastent par rapport au bilan mitigé de l’équipe de France senior depuis quelques années. Alors cette relève là est-elle capable de prendre le pouvoir dans la catégorie senior ? Il serait un peu prématuré de le dire tant la marche à franchir pour performer au niveau supérieur est élevée. Néanmoins, le sang froid dont ils font preuve ainsi que la capacité à courir avec intelligence et à se sublimer lors des finales sont autant de qualités qui pourront servir pour la suite.


Le geste technique


Jules Bernardet

Si vous voulez voir du spectacle, n’oubliez pas d’allumer vos écrans lors des courses du Pontissalien. Depuis les courses de sélections d’il y a quelques mois, le jeune céiste nous a habitué à des performances éblouissantes. Toujours très rapide, les pénalités ont joué quelques mauvais tours à Jules depuis quelques mois. Une fois de plus, durant ces courses U23, il descendait quasiment systématiquement les meilleurs temps mais en réussissant rarement à naviguer à 0 de pénalité. Pourtant, beaucoup d’espoirs étaient placés en lui au départ de la finale des mondiaux. Lors de l’enchaînement 5-6-7, son projet était d’effectuer une inversion mais lorsqu’il enclenche cette manoeuvre, le bateau ne réagit pas comme prévu et le céiste décide en un éclair de passer en marche avant. Il n’est pas commun de voir une option B plus engagée que le projet de départ et les chances de réussite paraissaient faibles. Mais le pagayeur se rétablit dans la bonne trajectoire en deux coups de pagaie et avec une tenue de bateau impressionnante. À nouveau crédité du meilleur temps de la finale, un 50 de pénalité vient malheureusement doucher ses espoirs de médaille d’or. Mais à seulement 19 ans, il prend note pour la suite…



La question de la semaine


Quid de l'égalité hommes - femmes ?

Si le bilan bleu est exceptionnel, c’est en grande partie grâce aux éléments masculins, qui ont eu des résultats impressionnants. Car sur les 11 médailles individuelles obtenues, 10 l'ont été par les hommes et seulement une seule par les femmes. C’est Marjorie Delassus qui à sauvé le bilan féminin en devenant championne d’Europe en canoë monoplace. Une très belle performance pour la paloise qui courrait également en kayak durant cette campagne 2019. Elle a d’ailleurs confirmé aux mondiaux en terminant 4ème, tout près d’une nouvelle médaille. De plus, les courses par équipes leur ont permis d’aller chercher des nouvelles médailles et de montrer de quoi elles étaient capables. Hormis cela, les résultats ont été quelque peu poussifs malgré un bon niveau de navigation mais aperçu seulement par intermittence. Même au sein des finales, les féminines étaient beaucoup moins présentes que les hommes. On a ainsi vu Doriane Delassus, Eva Pietracha ou encore Ella Bregazzi réussir à intégrer les finales mais sans parvenir à monter sur les podiums. Alors comment expliquer des résultats si différents entre les filles et les garçons ? Simple contre-performance ou tendance de fond ? En tout cas, elles étaient bien remontées à l’issue des courses pour inverser la tendance au plus vite.


La déclaration


Lucas Roisin


«Je savais que j'avais le niveau mais je ne m'attendais pas forcément à gagner une médaille» (La Dépêche du 13/07/2019)


Cela faisait un moment que Lucas Roisin courrait après une première médaille individuelle en C1. Déjà médaillé en C2 lors des compétitions juniors (avec G. Graille), il n’était jamais parvenu à monter sur le podium d’une course majeure en canoë monoplace. Néanmoins il est resté sûr de ses forces, malgré la relève qui pousse fort derrière lui, incarné par Nicolas Gestin, Jules Bernardet ou Alexis Bobon. Sans faire d’éclat mais avec une navigation très efficace, il est allé chercher la 3ème place aux championnats d’Europe derrière Marko Mirgorodsky et Nicolas Gestin. Satisfaisant mais pas suffisant pour le Toulousain. De nouveau très régulier lors des championnats du monde, il est allé chercher une nouvelle médaille faisant de cette campagne 2019 une franche réussite. Si Nicolas Gestin l’a encore privé d’un métal plus précieux, nul doute que le puissant céiste saura se contenter de l’argent pour cette fois ci !


La photo du week end




Il y a beaucoup à dire sur ce podium… Déjà, deux français sur le même podium cela n’arrive pas souvent, qui plus est en kayak homme. D’autant que ces deux là partagent plus que le fait de simplement courir pour la même nation. Tout deux nés en 1996, Pol Oulhen et Mathurin Madore étaient déjà ensemble en finale des championnats de France cadets en 2012 à Bourg Saint Maurice. C’est également la date à laquelle ils ont commencé à s'entraîner ensemble puisque depuis 2012, ils se sont côtoyés au pôle espoir de Cesson puis au pôle France ainsi que régulièrement dans les équipes de France U18 et U23. Pour leur dernière compétition dans cette catégorie, ils ont tous les deux décroché leur première médaille individuelle chez les moins de 23 ans. Une belle revanche pour les deux kayakistes après avoir rencontré quelques pépins physiques en 2018 : une fracture du coude pour Mathurin et une opération chirurgicale à l’épaule pour Pol. Accompagnés de Mario Leitner, également issu de la génération 96, ils quittent les catégories jeunes à l’issue d’un beau doublé.



Et sinon...


- Sacré paradoxe pour les C1H U23. Tous les trois auteurs de performances remarquables en individuel, Jules, Lucas et Nicolas n’ont pas été capables de décrocher des médailles en équipe.


- Les supporters ont bien répondu présents lors des championnats du monde à Cracovie. Ils étaient une cinquantaine à suivre les bleus et à en faire une des délégations les plus bruyantes au bord du bassin.


- Après avoir manqué la dernière porte lors des championnats d’Europe alors que le titre leur tendait les bras, l’équipe K1D U23 est devenue championne du monde deux semaines plus tard.


- C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Ce n’est pas Yohann Senechaut qui nous fera mentir puisqu’il a surclassé la concurrence avec un bateau vieux de deux ans et sans que cela soit la construction la plus rigide du fabricant Vajda.


- Idem pour Adrien Fischer qui a couru ces deux championnats avec une pagaie que l’on pourrait qualifier de peu académique. Une forme peu récente, un état pas vraiment proche du neuf, mais une efficacité redoutable qui lui a permis de faire partie du top 3 mondial et du top 4 européen.


- De "Adrichou" à "Babinou" en passant par "Dieu", "Jibert" ou encore "Maranne", ils sont rares à voir ces championnats s’achever sans avoir écopé d’un petit surnom au sein de l'équipe.


- Si les C1H U23 ont impressionné en individuel, c'est bien les K1H U23 qui ont fait régner la loi par équipe : champion d'Europe et champion du monde en patrouille, dans la catégorie où la concurrence est peut être la plus forte, c'est une belle performance.


- Qui dit équipe de France jeune, dit traditionnel clip. On termine donc en vous laissant avec ces images.




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