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Jour de course #10 - Coupe du Monde 3 Tacen

Pour clôturer cette série de 3 coupes du monde d’affilée, la Slovénie accueillait le gratin mondial sur le légendaire bassin de Tacen. Au bout de 3 semaines de compétitions, plusieurs sportifs ont choisi de faire l’impasse sur cette troisième étape. On a ainsi pu observer un peu moins de densité dans certaines catégories où les jeunes sportifs sont venus remplacer les athlètes plus aguerris. Néanmoins le spectacle était toujours de la partie dans les différentes catégories, et les vainqueurs n’ont pas forcément été ceux que l’on attendait…


Le slovaque Alexander Slafkovsky, médaillé de bronze en canoë homme à Tacen

La performance du week end


L’équipe d’Italie

Week end historique pour l’équipe d’Italie ! Les transalpins, habitués à batailler pour les podiums, mais qui finissent rarement ces compétitions avec plusieurs médailles au compteur, ont fait très fort. Sur le bassin de Tacen, qu’ils connaissent bien grâce à la proximité avec leur pays, ils ont dominé les débats dans quasiment toutes les catégories. Dès la première finale, Roberto Colazingari, le céiste de 26 ans a tiré son épingle du jeu. Pour sa deuxième finale de coupe du monde seulement, il a remporté l’or au nez et à la barbe des leaders mondiaux. Mais le week-end ne faisait que commencer pour les Italiens. Chez les kayak dame, Stefanie Horn a remporté d’une main de maître la compétition en terminant première des qualifications, de la demi-finale ainsi que de la finale. Une performance assez incroyable qui lui permet de remporter la première coupe du monde de sa carrière ! Le lendemain, c’est le kayakiste Giovanni de Gennaro qui a déposé la cerise sur le gâteau en étant le plus rapide de la finale kayak homme. Devant le maître des lieux Peter Kauzer et le prodige tchèque Jiri Prskavec, il a offert à son pays la troisième médaille d’or du week end. Seule l’épreuve C1D leur aura échappé, faute d’avoir des sportives compétitives dans cette catégorie. Si les Anglais avaient réalisé un week end éblouissant lors de la coupe du monde 1 à Londres, beaucoup de facteurs laissaient présager une telle hégémonie. Il est difficile d’en dire autant pour les Italiens car peu auraient parié sur une telle domination de leur part.



Le rookie du week end


Eva Alina Hocevar

Les exploits de Evy Leibfarth ont surement fait passer les performances de la jeune Slovène au second plan. Pourtant elle réalise un début de saison époustouflant pour sa deuxième année sur le circuit senior. Championne du monde junior 2018 en kayak, Eva est plus que polyvalente car elle excelle également en canoë. Tout comme sa concurrente américaine, difficile de dire quelle est la discipline où elle est la meilleure. Cette année, elle participe principalement aux coupes du monde en canoë. À seulement 15 ans, elle est parvenue à intégrer la finale C1D ce week end. 6ème de la demi-finale, elle a terminé 7ème de la compétition. Déjà finaliste en canoë la semaine précédente à Bratislava, elle courrait également en kayak à Tacen où elle a pris la 25ème place à cause d’une grosse erreur lors de la demi-finale. Ses performances l’ont déjà propulsée à la 5ème place du classement général coupe du monde en C1D. Attention à elle lors des Europe et des mondiaux junior qui arrivent dans les prochaines semaines. En tout cas, cela annonce un beau duel entre Evy et Eva lors des championnats du monde U18 de Cracovie !



Le fail du week end

Tomas Rak

Le Tchèque Tomas Rak fait partie des outsiders du circuit mondial chez les canoës homme. 3ème aux championnats d’Europe l’an dernier à Prague, il espérait clairement intégrer la finale pour cette troisième coupe du monde de la saison. Après avoir pris la 24ème place des qualifications, il s’élance parmi les premiers bateaux lors de la demi-finale. Dans les premières portes, il rencontre néanmoins quelques difficultés. Sur une mauvaise trajectoire dès le départ, il se retrouve obligé de faire demi-tour pour atteindre le premier stop. Sauf qu’il est un peu trop brutal dans sa manoeuvre et il voit sa pointe avant se lever jusqu’à faire un soleil. Esthétique mais pas très efficace.





La stat' du week-end


21’’21

C’est l’écart entre la première et la dixième lors de la demi-finale de la catégorie C1D. Un gouffre qui reflète les écarts importants derrière les leaders de la catégorie. A titre de comparaison, cet écart était de 10’’57 en K1D, de 6’’28 en C1H et de 3’’24 en kayak homme. Idem en qualification où la dernière qualifiée en canoë dame était à 60 secondes de la première alors que cet écart chute à 15 secondes en K1D, 10 secondes en C1H et 9 secondes en K1H. Pour les podiums c’est plus ou moins la même chose puisque les écarts dans toutes les catégories sont autour d’une ou deux secondes entre le vainqueur et le 3ème, sauf en C1D ou la médaille de bronze se gagne à plus de 7 secondes de la vainqueure. Ces chiffres mettent en lumière que la catégorie est encore en construction. La densité n’est pas encore aussi importante que dans les autres catégories même si l’on sait que les céistes féminines sont meilleures d’année en année. La difficulté des parcours sur le circuit senior pousse rapidement à la faute et ces féminines n’ont pas la même force que les masculins ou même une deuxième pale pour rattraper les erreurs de trajectoires. À cela, de nombreux observateurs répondront qu’il serait pertinent de tracer des parcours adaptés pour cette catégorie. C’est à dire des parcours adaptés à leurs qualités et leurs limites, des parcours qui mettraient peut être plus en valeur la catégorie en offrant des courses plus denses et disputées. De nombreuses personnes s’y opposent, à tort ou à raison, par volonté de conserver l’égalité homme/femme dans l’organisation des compétitions. Ce débat épineux est plus que jamais d’actualité...



Le point bleu



Pour cette 3ème étape de coupe du monde de la saison, l’équipe de France A avait laissé sa place aux jeunes. L’équipe U23 a donc pris le relais, prête à défier les meilleurs pagayeurs mondiaux sur le bassin slovène.

Tout a plutôt bien démarré pour nos bleus avec un seul bateau éliminé lors des qualifications et plusieurs belles performances comme la 8ème place de Camille Prigent en K1D ou la 9ème d’Alexis Bobon en C1H. Ce dernier n’est d’ailleurs pas passé loin de la finale en prenant la 12ème place de la demi-finale. C’est le Breton Nicolas Gestin, déjà double finaliste de coupe du monde l’an dernier, qui est parvenu à intégrer le top 10. Malgré une finale compliquée, qu’il finit à la 8ème place, cela reste une belle performance pour le jeune Finistérien. En kayak dame cela a été plus difficile pour Marjorie Delassus, Romane Prigent et Camille Prigent qui ont toutes échoué au-delà de la 16ème place.

Le lendemain, Malo Quéméneur, déjà auteur d’une belle qualification est passé à deux doigts de la finale et termine finalement à la 13ème place. C’est finalement lors de la dernière course du week-end que le collectif tricolore a montré les muscles. Chez les C1D, Margaux Henry et Ella Bregazzi étaient toutes les deux présentes en finale et Marjorie Delassus, 11ème, a failli être également de la partie. Nos deux finalistes ont terminé le week-end à la 6ème et à la 9ème place.

On retrouvera tous ces pagayeurs dès cette semaine, pour les championnats d’Europe U23 à Liptovsky Mikulas en Slovaquie.



La question de la semaine


De quoi est encore capable Evy Leibfarth ?

On aurait encore pu évoquer ses exploits dans la rubrique précédente. Mais étant donné sa fulgurante progression, elle est dorénavant classée dans les outsiders voire dans les favoris des compétitions sénior. La catégorie « jeune espoir du kayak mondial » est déjà trop petite pour elle. Pour ses deux premières coupes du monde, elle a pour l’instant réussi à participer à toutes les finales : 2 à Bratislava et 2 à Tacen. Pour couronner le tout, elle vient de remporter sa première médaille internationale en prenant la 3ème place de l’épreuve C1D à Tacen. L’effet de surprise étant estompé maintenant, il sera intéressant de voir si elle est capable de confirmer dans la durée. Logiquement, elle devrait rencontrer des difficultés et tout ne sera pas aussi facile pour elle dans le futur. En effet, à seulement 15ans, son bagage technique, physique et mental est encore inférieur à celui des reines de la catégorie. Jusqu’à maintenant, elle s’élançait sans aucune pression et démarrait chacune de ses courses le pied au plancher, sans aucune retenue. Mais après ses performances récentes, il sera peut-être difficile de continuer à courir sans aucun calcul. Toutefois, si elle parvient à le faire, elle pourrait marquer l’histoire par des records de précocité. Si les mondiaux juniors dans 2 semaines semblent à sa portée, il faudra bien observer sa façon de courir avec l’étiquette de favorite, car cela pourrait déjà nous donner quelques indications sur sa capacité à supporter cette pression. Passé cela, de quoi est-elle capable sur le circuit senior en 2019 ? De nouvelles médailles en coupe du monde ? Un podium au classement général où elle figure à la 6ème place en C1D ? Ou même une médaille aux championnats du monde senior ? Tous ces défis sont incommensurables pour une pagayeuse encore cadette mais s’il y en a une qui peut nous surprendre en les relevant, c’est bien Evy Leibfarth…


Le geste technique du week end


Peter Kauzer

Il est l'un des plus grands techniciens du circuit, cela va sans dire. Lorsqu’il s’élance pour une manche dans son jardin de Tacen, il vaut mieux se taire et ouvrir grand les yeux. De la glisse, du relâchement et surtout des moments de magie quand il décide de réaliser des prouesses dont lui seul a le secret. Une fois de plus, il a régalé le public, notamment lors de l’enchainement des portes 9-10-11. Dans une figure difficile où beaucoup d'embarcations sont partis à la faute et où d’autres ont dû sortir les biceps pour rester dans la bonne trace, le Slovène vole littéralement sur l’eau. Il n’y qu’à voir la façon dont son bateau rebondit sur le rouleau pour arriver avec une précision absolue dans le stop. Une gite amont insolente, deux coups de pagaie et voilà la difficulté effacée avec une facilité déconcertante. À croire qu’il a envouté les eaux du bassin de Ljubljana. Malgré cet exploit, il échoue à 5 centièmes de la médaille d’or, seulement battu par De Gennaro, auteur d’une manche époustouflante.





La déclaration du week end


Jessica Fox

« Très heureuse de finir ce bloc de coupes du Monde avec une victoire à Tacen ! Merci beaucoup pour votre soutien et vos messages pendant les dernières semaines »


On imagine que cette médaille d’or en canoë a mis du baume au coeur à l’Australienne. Après un week-end compliqué à Bratislava, elle souhaitait retrouver les podiums à Tacen. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu puisqu’elle a écopé de 50 secondes de pénalité lors de la demi-finale en K1D. Il ne lui restait donc plus que le canoë pour briller. Malgré la pression qui devait peser sur ses épaules, elle a assuré l’essentiel pour remporter cette épreuve malgré quelques erreurs. Elle doit probablement être déçue de son bilan sur ces trois premières coupes du monde, mais cela reste à nuancer puisqu’elle termine tout de même avec trois médailles au compteur. Et on ne doute pas que cela va lui donner de l’énergie supplémentaire pour préparer au mieux la fin de saison et les championnats du monde senior où elle défendra sa double couronne.



La photo du week end


A domicile, la numéro 10 mondiale, Eva Tercelj a décroché une belle médaille d’argent derrière Stefanie Horn et devant l’Ukrainienne Viktoria Us. Elle est également la seule K1D à avoir participé aux 3 premières finales de la coupe du monde 2019. De quoi illuminer son visage d'un beau sourire…



Et sinon...


- Quand Giovanni de Gennaro se qualifie en finale de coupe du monde ce n’est pas pour rien. Sur les 5 dernière finales qu’il a disputées il a remporté 4 médailles, toutes en or. Une par an depuis 2016 !


- 4 pagayeurs ont participé à leur première finale de coupe du monde ce week end. Il s’agit du Franco-portugais Antoine Launay et du Slovène Martin Srabotnik en kayak. En C1D, la Française Ella Bregazzi a pris part à sa première finale également. Quant à L’Ukrainienne Viktoria Us s’est offert le privilège de monter sur la boite pour sa première finale de coupe du monde en kayak dame.


- Depuis le début de l’année, 6 bateaux ont remporté leur premier titre en coupe du monde, sur les 12 médailles d’or distribuées. Il s’agit de Mallory Franklin (K1D) à Londres, de Franz Anton (C1H), de Claire Jacquet (C1D) et d’Andrej Malek (K1H) à Bratislava ainsi que de Stefanie Horn (K1D) et de Roberto Colazingari (C1H) à Tacen.


- A chaque début de saison ses surprises. On n’attendait pas la Tchèque Veronika Vojtova et le Slovaque Andrej Malek aussi haut. Ils occupent tous les deux la 3ème place du classement général de la coupe du monde.


- Avec Peter Kauzer, Jiri Prskavec est le seul à avoir disputé les 3 premières finales de l’année en coupe du monde. Mais les chiffres du Tchèque sont encore plus impressionnants. Depuis début 2016, Jiri Prskavec n’a plus manqué aucune finale de coupe du monde. Une série qui s’étire donc sur 12 finales d’affilée pour 9 médailles et 1 victoire. A seulement 26 ans, le palmarès et la régularité de ce petit génie sont inqualifiables.


- Les classements généraux coupe du monde ne sont pas forcément indicatifs puisque certains sportifs n’ont pas couru toutes les étapes. Néanmoins chez les canoës, il est intéressant de remarquer que les 5 premières places sont occupés par 2 pays seulement. Les 3 Slovaques (Benus, Slafkovsky et Martikan) et les 2 Slovènes (Bozic et Savsek) ont en effet fait preuve d’une grande régularité. Ainsi, à eux 5, ils ont seulement manqué 3 finales (Slafkovsky et Martikan à Londres, Benus à Tacen)


- Peter Kauzer est immortel. A l’issue de ces 3 coupes du monde, le voilà de retour au sommet. A bientôt 36 ans, il vient de reprendre à Vit Prindis le rang qu’il occupait depuis 2 ans, celui de numéro 1 mondial. Le Slovène n’avait plus occupé cette position de leader depuis 2012, mais comme le bon vin, l’accumulation des années semble bonifier la navigation de « Pero »


- Viktoria Wolffhardt avait connu une première coupe du monde compliquée à Londres mais depuis elle fait preuve d’une belle régularité. Ainsi, elle est parvenu à intégrer les 4 finales suivantes à Bratislava et Tacen, 2 en kayak et 2 en canoë avec en prime une médaille d’argent décrochée à Tacen en C1 derrière Jessica Fox.


- Fait de course plutôt surprenant pour la kayakiste slovène Ajda Novak. Lors de la demi-finale, un chien la poursuit au bord du bassin en lui aboyant dessus durant toute la descente. Oui vous avez bien lu. Déstabilisée par le molosse qui hurle parfois à seulement quelques centimètres de sa tête, la Slovène est autorisée à recourir sa manche. Malheureusement, et malgré cette seconde tentative, elle échoue à 2 secondes de la finale.

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